Corinne LEPAGE, François GUÉRY
La Politique de précaution
PUF, 2001, 378 pages, 128 F.

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Juin 2001 :
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L'auteur majeur est Corinne Lepage, ancien ministre de l'Environnement, interrogée (un peu longuement parfois) par François Guéry. Elle s'est trouvée naguère impliquée dans des décisions importantes sur les OGM (organismes génétiquement modifiés), concrètement le maïs, un cas des plus significatifs, susceptible d'entraîner de l'irréversible, en raison, surtout, de la diffusion par pollinisation. Elle aborde également, ici, le dossier de la vache folle et celui du réchauffement climatique. La question immédiate est : comment agir dans l'incertitude, mais dans la perspective de dommages graves, voire irréversibles ? La question plus décisive est celle de notre responsabilité. Ici, toute philosophie ne fait pas l'affaire, comme on le voit à tel propos de F. Guéry. Il reprend le « Dieu est mort, tout est permis » de Dostoïevski pour commenter que ce désespoir a un côté « positif » : « Si rien n'a de sens déjà donné parmi les existants, c'est que le monde attend de l'homme existant, seul parmi les existants, qu'il lui donne un sens qui le justifie. » Combien d'hommes, hélas, ne lui donnent pas un sens le justifiant ? Il s'agit, dit aussi F. Guéry, suivant Nietzsche, de « s'émanciper du temps » ; mais toute manière de s'en émanciper ne rend pas responsable de tous ses moments. Corinne Lepage ne veut pas, semble-t-il, se contenter de cet « aspect positif du désespoir » : la responsabilité, dit-elle, est aussi l'expression d'un « espoir », inscrit dans le désir de l'être humain de se réaliser par lui-même et par ses enfants, et de se transcender dans un combat pour des « valeurs ». Où est demain, en effet, sans un tel appel ? Les chapitres philosophiques du présent livre sont ainsi des plus importants, laissant toutefois quelque peu insatisfait. La discussion avec Luc Ferry, accusant l'écologie de naturalisme plus ou moins nazi, est intéressante, mais pas tout à fait concluante non plus. La notion d'« écosystème » ne suffit pas à tout dirimer : philosophiquement, qu'apporte-t-elle ? Sur quoi repose-t-elle ? Il n'est pas si facile, au total, d'étayer nos réactions instinctives en matière écologique ; il ne suffit pas d'une philosophie de l'esprit ou de la liberté ; il faut une philosophie de la nature, mais il ne faut pas une philosophie naturaliste. L'ouvrage demeure ainsi ouvert.

Jean-Yves Calvez


© Etudes Juin 2001