Hannah ARENDT / Martin HEIDEGGER | ![]() |
![]() | A coup sûr un document exceptionnel, remarquablement mis en forme par l'éditrice, Ursula Ludz (p. 253-268) : 166 lettres, désirs, signes, appels dans un clair-obscur jamais dissipé, de 1925 à 1975, date de la mort de Arendt, un an avant celle de Heidegger. Selon Ursula Ludz, il y aurait là trois saisons : la rencontre, les retrouvailles en 1950, année décisive, l'automne à partir de 1966, serein comme si le bruit des inquiétudes, les tourments s'étaient fait loin. Dix-sept ans les séparaient. Ce fut une passion jamais éteinte, vécue ainsi de chaque côté ; ces textes en expriment l'élan et la retenue. « Jamais rien de tel ne m'est arrivé », dit Heidegger ; Arendt parle de « dévastation intérieure ». Heidegger voyait en elle sa meilleure herméneute ; il était pour elle la parole incomparable. Jaspers demeurait le guide ; Heidegger, c'était l'incision, un retournement, une naissance. Arendt a tout vu de l'ambiguïté de Heidegger ; celui-ci connaissait son acharnement, sa voie secrète et solitaire, son goût de la pensée. Ce qui peut-être ressort le plus de cette relation que tout menaçait et que rien n'a détruit, ne serait-ce pas la lucidité de l'un sur l'autre, qui leur permit de se reconnaître et de créer, toujours dans la distance et toujours dans une sorte de vibration ? Arendt fit un portrait extraordinaire du « renard » Heidegger, pris à son piège malgré l'intelligence. De très beaux et courts poèmes de Heidegger pour Arendt et des formules anodines, apparemment, trahissent chez le philosophe hautain les blessures et les éblouissements. La traduction, précise et claire, peut sembler parfois sybilline (aître, allégie...).Guy Petitdemange |
Juin 2001 : Revue des Livres - Choix de Disques - Sommaire du numéro
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