John BAYLEY
Elégie pour Iris
Traduit de l'anglais par Paule Guivarch. Ed. de l'Olivier, 2001, 268 p., 140 F.
Iris Murdoch, le Dénouement
Traduit de l'anglais par Michèle Ley-Bram. Bayard, 2001, 250 p., 138 F.

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Iris Murdoch, née en 1919, est morte en 1999 de la maladie d'Alzheimer. C'est l'une des plus grandes romancières du XXe siècle. Platonicienne et disciple de Ludwig Wittgenstein, elle a enseigné la philosophie à Oxford jusqu'en 1965, tout en écrivant son oeuvre romanesque, d'une puissante originalité, de plus en plus ouverte à une dimension transcendante de l'existence. John Bayley, son mari, universitaire distingué, est l'auteur de nombreux essais ou études littéraires. Il trace, dans Elégie pour Iris, un portrait merveilleux de son épouse, de leur rencontre, de leur vie quotidienne, de leurs voyages, de leurs nombreux amis (dont plusieurs écrivains célèbres), procédant par petites touches, où le passé se mêle au présent pour revenir vers les jours qui ne sont plus, les heures délicieuses et poignantes, avec une tendresse nimbée d'humour, comme pour voiler pudiquement l'ultime déchirement qui s'avance. Car Iris est toujours là pendant qu'il écrit ces pages, et sa présence, de plus en plus méconnaissable, rehausse encore davantage la simplicité, la modestie, la gentillesse, l'effacement de ce génie mystérieux qui a vécu pendant quarante ans à ses côtés. L'auteur (si peu religieux, c'est le moins qu'on puisse dire !) parle à son propos d'anima naturaliter christiana, « une âme religieuse sans religion ». Leur relation, un peu étrange, car elle était dépourvue, dès l'origine, de tout élément de séduction, est évoquée par lui avec une grande simplicité. « Je pense que l'une des raisons pour lesquelles nous sommes tombés amoureux l'un de l'autre, c'est que nous avons toujours été terriblement naïfs et innocents. » Mais rien ici de fade ou de conventionnel. Les grands romans de Iris Murdoch, qui creusent si profondément le mystère du mal, décrivent tous les éléments tragiques de la condition humaine, sans les enfermer dans le désespoir. Et, en même temps, Iris se délectait de l'histoire de ce prêtre irlandais qui exhorta un jour ses ouailles « à suivre la voie droite et étroite qui passe entre le vice et la vertu » ! Si humaine, elle était insensible aux odeurs, et dans ses relations avec les gens communiait avec leur être supérieur « à la manière d'un ange, sans se soucier de leur existence physique, de leur corps transpirant ». – Le terrible second volume, écrit par John Bayley après la mort de Iris Murdoch, est la description de la descente aux enfers qu'est la maladie d'Alzheimer, avec toutes les dégradations physiques s'ajoutant à la dissolution de son cerveau. Le plus bouleversant est la délicatesse avec laquelle son époux la soigne, animé par une sorte de piété intemporelle dans sa douleur, où se retrouvent sans cesse les liens de leurs longues années de vie commune. Elle eut la grâce de s'éteindre doucement. La maladie d'Alzheimer, qui souvent accentue les traits les plus noirs d'un caractère, n'avait fait « qu'exagérer sa gentillesse naturelle ». En vérité, cette double évocation compose un très beau roman d'amour.

Jean Mambrino

Juin 2001 : Revue des Livres - Choix de Disques - Sommaire du numéro

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