Jean-Yves CALVEZ | ![]() |
Mai 2001 : ![]() | Les jésuites « penchent à gauche » ces temps-ci. Le dernier livre du Père Calvez ne fait pas exception dans cet exercice, sans doute utile, de rééquilibre à l'intérieur de l'Eglise. A vrai dire, le titre ne doit pas faire illusion. L'auteur est trop averti des choses de l'économie et de la politique pour s'enfermer dans des jugements péremptoires et simplificateurs. Après avoir rappelé les distinctions nécessaires entre libéralisme et capitalisme, il se démarque de la vulgate marxiste en soulignant que « le capitalisme (inégal) ne va pas nécessairement ou automatiquement à sa ruine » (p. 39). Jean-Yves Calvez souligne, à juste titre, le paradoxe d'un système économique qui prétend diffuser l'initiative individuelle, mais qui, en fait, place les individus dans une situation de grande dépendance : dépendance du consommateur, précarité du travailleur. La « nouvelle économie » n'exonère aucunement le système de ces graves faiblesses. Après avoir rappelé l'enseignement de l'Eglise légitimement évolutif sur le sujet, J.-Y. Calvez livre ses propres pensées. C'est la partie la plus stimulante de ce petit livre. Puisque le capital est devenu prééminent, c'est lui qu'il faut démocratiser. Non seulement pour mieux en répartir les fruits, mais aussi pour répartir le pouvoir. Au passage, il remet en cause l'héritage dans ses formes actuelles. En vérité, le capitalisme n'a jamais cessé de changer ; c'est même pour cela qu'il est encore vivant. Mais il a changé sous la pression : celle des forces sociales organisées (les syndicats) ; celle d'un régime concurrent (le communisme). Aujourd'hui, la question est de savoir sous la pression de qui et de quoi il peut continuer de se réformer. Des consommateurs ? Il les gâte. Des travailleurs ? Il les divise en fermant les usines et en répartissant les salariés dans les services ; au besoin, il les indemnise. De la politique ? Elle est dévalorisée par ses excès du XXe siècle. Alors, en effet, il faut exercer une contestation de caractère spirituel. La première fonction des chrétiens dans un monde sans idéologie est sans aucun doute une fonction critique. Le Père Calvez la remplit fort bien.Jean Boissonnat |
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