Georges SIMENON | ![]() |
![]() | Passer derrière le décor et voir la vérité toute nue, tel est le principe qui a guidé Simenon dans ses périples à travers le monde, de Miami à Brazzaville, de Odessa à Tahiti. Préférant le pont des quatrièmes aux cabines de luxe, l'âpreté de la terre à l'exotisme de pacotille, le romancier à la pipe a banni de ses récits de voyage toute trace de lyrisme. C'est ce qui donne à cette trentaine de reportages, enfin réunis en un volume exhaustif, leur précision froide et lucide. Le ton peut se faire badin, le trait un peu rapide, mais cela n'exclut pas des moments de pure poésie, dignes de London : « Je parle de la vraie mer, sur laquelle on se jette éperdument, dans un petit bateau, poitrine serrée, tempes battantes. [...] La mer est plus forte que le plus fort alcool. » Au passage, ces comptes rendus de voyage nous conduisent à réviser l'image d'un Simenon apolitique ou conservateur par opportunisme. L'Heure du nègre (1933) est ainsi l'un des témoignages les plus accablants sur la colonisation, où la méchanceté le dispute à la bêtise, l'absurdité à l'entêtement. On pourrait en dire autant de Europe 33, qui pressent la catastrophe imminente, et surtout de Peuples qui ont faim, écrit au nez et à la barbe du Guépéou en 1934. Cela suffit à faire oublier quelques naïvetés et omissions, bien de leur époque. Les grands romans à venir trouveront dans ces « apprentissages » fort divers leur matière première et leur vérité singulière.Philippe Chevallier |
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Mai 2001 : Revue des Livres - Choix de Disque
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