Christiane KLAPISCH-ZUBER | ![]() |
![]() | C'est un très beau livre que cet essai où, pour aboutir à l'arbre généalogique qui nous est familier, C. Klapisch-Zuber évoque le long chemin qui a conduit à concevoir un principe servant à la fois à déduire les individus les uns des autres et à concevoir le destin collectif de l'humanité ; en un mot, à penser l'Histoire. Mais, pour ce faire, elle a dû suivre aussi la lente éclosion de la symbolique de « l'arbre » utilisée pour représenter les embranchements logiques unissant les savoirs et pour exalter « la force vitale » qui entraîne dans un même mouvement espèce humaine et univers végétal. L'histoire que reconstitue le présent ouvrage est « longue », puisqu'elle s'étend de l'époque carolingienne à la Renaissance. Entre le IXe et le XIIe siècles, nous explique-t-on, des images prennent pour objet la généalogie sacrée ou profane et, pour en rendre compte, convoquent parfois « l'arbre ». Aux XIIIe et XIVe siècles, la perspective se modifie. Au temps eschatologique et à la perspective du salut on substitue une vision fragmentée du devenir des sociétés chrétiennes, où le temps est celui que convoitent les princes et les nations. La figure de l'arbre s'installe au coeur de la symbolique religieuse et du travail scientifique. Cependant, cela ne se fait pas sans tensions ni interrogations, et c'est ce qu'étudie l'auteur dans la troisième partie de son ouvrage, « Symboles et logiques ». L'arbre à proprement parler « généalogique » apparaît enfin, entre le XVe et le XVIe siècle, dans les mises en scène du pouvoir, au moment où se répand l'imprimerie. Comme on le voit, le mérite de C. Klapisch-Zuber et ce n'est pas le moindre est d'avoir su transformer ce qui aurait pu n'être qu'une « expédition » exotique en un authentique « pèlerinage » aux sources de notre modernité.Philippe Lécrivain |
Mai 2001 : Revue des Livres - Choix de Disque
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