Maurice BELLET
L'amour déchiré
D.D.B., 2000, 166 pages, 98 F.

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L'amour..
« J'écris comme au milieu du feu, parce que ce que j'ose aborder, c'est l'intouchable. » Sans détour, comme guidé par une urgence, qui n'est pas un procédé mais déjà l'idée que l'issue est dans le mouvement, dans le pas en avant, Bellet saisit son lecteur au lieu de « l'inextricable », de la douleur de l'amour déchiré et meurtri, essayant de tracer un chemin pour que « vivre soit possible » puisque cette déchirure de l'amour, c'est la vie déchirée. S'il advient une clarté, au terme de cet ouvrage, ce ne sera pas au prix des fausses pensées clarifiantes, que dénonce l'auteur, mais par le mouvement même de l'amour affrontant la confusion de sa nature ambiguë, qui travaille sourdement des vies et des cultures entières. Car les clivages ne sont pas ceux que l'on croit, là où on les croit. Ils sont partout, entre désir et désir, don et don, devoir et devoir : « La juste opposition oppose l'amour qui aime et l'amour qui n'aime pas. » Les discours et les pratiques des sagesses et des religions (Bellet ne ménage pas un certain christianisme) peuvent cacher et couvrir les déchirures les plus basses. Pourtant, cet « épuisant va-et-vient » de l'amour en recherche de son lieu propre semble trouver en route une sorte de paix dans la capacité de pouvoir interpréter sa propre vie, qui « coïncide absolument avec la possibilité de vivre ». Mais la thérapie n'est pas le but, et la psychanalyse sans doute n'échappe-t-elle pas non plus aux clivages mensongers. Alors : « Il n'y a pas de solution. L'amour ne donne pas de solution. » Seulement l'expérience, à vivre, que l'amour défait peut se dénouer en quelque chose qui ressemble à un amour inconditionnel, une tendresse sans cause comme celle qu'évoque l'auteur, en finale, geste de tendresse dans l'enfer des camps, mémoire et voeu d'un amour absolu. Mais comment résumer ce dernier livre de Bellet, discours à vif, qui une fois de plus, témoigne de la générosité d'une pensée, c'est-à-dire, sur ce sujet précis, d'une pensée tout court.

Dominique Cupillard

Avril 2001 : Revue des Livres - Choix de Disque
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