Claudio MAGRIS | ![]() |
Avril 2001 : | Originaire de Trieste, Claudio Magris est tout particulièrement fondé à entrer dans l'intelligence des frontières ; ici, entre utopie et désenchantement. Mais frontière n'est pas limite, ligne plutôt. A plus ou moins long terme, l'utopie se révèle destructrice et le désenchantement, négateur. A contrario, bénéfique la ligne que l'on suit et poursuit, sans être dupe ; capable d'enchantement, en étant sans illusion. Sur le fil du rasoir, se tenir, entre utopie et désenchantement sans utopie et sans désenchantement. Ces pages, aux multiples visages, ne sont en rien disparates. Derrière et devant Borges, Erasme, Luther, Ninon de Lenclos, Goethe, Linné, Dostoïevski, Gontcharov, Stevenson, Thomas Mann, Hesse, Tagore, Jünger, Broch, Heidegger, Arendt, Andri´c, Levi, Montale..., se profile une personnalité authentique, une véritable unité de pensée (« Qui dit culture dit forcément penser et sentir en grand, avoir le sens de l'unité »), une mesure de « l'aurore des choses », une « exigence inaliénable », une rare honnêteté intellectuelle, une belle lucidité. En un mot, un discernement. Et « la nécessité que la poésie nouvelle soit la tige entre les pierres de la ville », « murmure... respiration du monde, flux de la vie » ; loin de « ce culte de l'immédiateté indistincte [qui] falsifie la véritable pietas à l'égard du corps ». Un sens aigu et subtil du monde et de l'époque, sans aigreur, sans complaisance. Et des notations importantes, entre autres : sur l'école, les idéologies, les intellectuels ; la bourse des valeurs et le temps des options ; les tests, les commémorations ; l'amour, l'automne des jours, les vainqueurs et les vaincus, les « lois non écrites des dieux »... Tout ce qui fait « l'aventure et l'égarement de l'intelligence dans la trame élémentaire du monde ». Après Le Mythe et l'Empire, Danube, Une autre mer, Microcosmes..., hommage, tout d'admiration, soit rendu à Jean et Marie-Noëlle Pastureau, grands traducteurs.Dominique Geay-Hoyaux |
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