La Résistance spirituelle, 1941-1944 | ![]() |
Avril 2001 : ![]() | Des anciens se souviennent. En revanche, beaucoup de plus jeunes ne connaissent guère ces pages, capitales pourtant, de l'histoire chrétienne et nationale française. Qu'ils lisent. Il y eut une « résistance spirituelle », non pas seulement parce que des religieux s'y impliquèrent (Chaillet, Fessard, Montcheuil, Chambre, Lubac, jésuites, et nombre de leurs amis), mais parce que cette résistance a porté sur un objet spirituel : elle n'était pas seulement résistance nationale à l'Allemagne, elle était aussi résistance à une entreprise directement anti-évangélique, anti-chrétienne, glorification de la force et d'une race, anti-humaniste, anti-universaliste, dont trop de compatriotes, trop d'évêques même, peut-être, ne percevaient pas la réalité et la nocivité (tels évêques changèrent, il est vrai : par exemple Mgr Piguet, de Clermont-Ferrand, fustigeant, au début, ceux qui se distançaient de Vichy, des « dissidents », disait-il, et qui, en 1944, sera déporté). On voit, au passage, pourquoi le mal n'était souvent pas aperçu : avec une théologie fixiste et classificatoire (souvent sous le nom de thomisme), on tenait des vues rigides sur l'« autorité légitime » légitime, au fond, tout simplement parce qu'elle est, ce qui est très dangereux... F. et R. Bédarida soulignent, non sans raison, que ceux qui conclurent au devoir de résistance le firent en vertu d'une théologie très rénovée, biblique, patristique, liturgique, par opposition aux vues « toutes faites » : au lieu du tout-fait, tout-déjà-pensé, il y a place pour un discernement ; c'était la conviction profonde des auteurs, débouchant sur la responsabilité (Montcheuil en est mort, fusillé). On remarque encore que ces auteurs, le P. Fessard le premier, se gardaient de confondre « les Russes » et le bolchevisme. Dès 1943, enfin, sur la base de sources polonaises, Les Cahiers clandestins du Témoignage chrétien faisaient connaître les violences anti-juives, même l'extermination en cours. Remarquable tranche d'histoire, courageuse.Jean-Yves Calvez |
© Etudes Avril 2001