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| L'ouvrage de Pierre-Noël Giraud dépoussière avec beaucoup d'intelligence un domaine méprisé par les contempteurs de la « pensée unique ». Le Commerce des promesses, voici une manière tout à fait adéquate de définir la finance. Dimension de l'économie partout présente, souvent oubliée quand elle n'est pas tout simplement ignorée. A la lecture de l'ouvrage de P.-N. Giraud, le lecteur comprend pourquoi la finance fait peur : le futur n'est appréhendé qu'à travers des anticipations par nature incertaines. Le lecteur comprend aussi que la finance est nécessaire ; car cette « science des moyens » qu'est l'économie n'existe que si elle affronte l'avenir. Selon son habitude, déjà connue des familiers des Etudes, c'est par l'acribie de l'analyse que P.-N. Giraud démystifie les peurs irraisonnées. Ici, aucune indignation ne remplace l'observation mise au service d'une approche équilibrée. Le plus intéressant, ce sont certainement les applications de l'outil analytique aux situations concrètes : réforme du système financier international, vraies spéculations et fausses bulles, fonds de pension. Par son importance stratégique et la clarté des leçons qu'il fournit bien malgré lui, le Japon est l'occasion de l'un des chapitres les plus réussis. La politique keynésienne à contre-emploi y montre que l'intervention de l'Etat dépensier n'a rien d'une potion magique, surtout dans un pays qui ne veut plus assumer les risques ni les erreurs financières de jadis. Le grand Canguilhem disait que la santé était cette capacité de l'organisme à surmonter les infidélités du milieu. Gageons que P.-N. Giraud saura assumer les grincements de dents que ne manquera pas de susciter, parmi ses confrères, cette analyse suggestive autant qu'iconoclaste.Etienne Perrot |