Hélène CIXOUS | ![]() |
Mars 2001 : ![]() | Les femmes disent enfin le monde souterrain où le désir se heurte à la douleur, l'amour à l'échec. Hélène Cixous met ici son écriture atypique au service d'un récit difficile : la naissance du fils mongolien qu'elle a eu à l'âge de vingt-deux ans, et dont la venue a bouleversé sa vision du monde. « De tous mes enfants, il est la seule personne. Le héros de la famille. L'instructeur de ma foi. Le saint simple. » Devant Georges, la mère se convertit à l'extraordinaire ; ce fils qui diffère devient le « Professeur de renversement », « la clé de (sa) synagogue intérieure ». H. Cixous en fait l'emblème de la résistance à toutes les discriminations, à toutes les persécutions. Le récit est autobiographique, apparemment centré sur le moi. Hélène Cixous brosse néanmoins une histoire de l'humanité secrète, celle des femmes. Dans la clinique où la mère est sage-femme (« le moulin à enfants »), en Algérie, où les femmes arabes viennent accoucher de « l'enfant certifié, surtout le premier, l'enfant coûte que coûte » et qui a coûté si cher de soumission matrimoniale, le dialogue emplit l'envers des murs. L'écrivain aborde tous les sujets ancrés dans la pénombre des sérails, mais elle immerge son texte dans le mouvement plus vaste de la perte et de l'espoir. Et ce n'est pas le royaume ou le pouvoir perdus que chantent les hommes avant la revanche, mais le deuil intérieur, le chemin qu'il faut remonter de la culpabilité à la liberté. Hélène Cixous éternise des thèmes d'actualité. Le portrait de Georges, l'innocent, le pur, de qui émane un éclat « irrésistible », suffit à rendre monstrueuse la monstruosité même. « Il est arrivé. Pas le messie. L'autre messie, le bizarre, le douteux, le faible, le provocateur, le gentil congénital. Il ne fait rien, et tout chancelle », sa naissance, sa mort précoce (malformation cardiaque), son enterrement, son souvenir. « Il a seulement changé d'absence », frappe d'inanité toute ségrégation, oblige à procéder à une « révision du coeur », enfin la joie devant l'autre-autre. Aussi bien, ce « récimetière » est-il le seul tombeau possible pour l'enfant a-normal, « l'enfant flou », l'unique espace où sa mère nous fait écouter des silences qu'on ne voudrait jamais entendre.Michèle Levaux |
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