Olivier MANNONI
Günter Grass
L'honneur d'un homme. Biographie. Bayard, 2000, 556 pages, 160 F.

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Mars 2001 :
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Cette biographie de Günter Grass est remarquable : passionnante et instructive, elle éclaire avec intelligence et profondeur l'oeuvre ainsi que les engagements politiques d'un grand écrivain allemand de ce siècle. L'art du biographe est d'avoir su imprimer, par ses choix et leur traitement, ce qui constitue la dimension véritable et originale de Günter Grass, c'est-à-dire celle d'un « écrivain-citoyen » allemand (Grass ne se reconnaît pas en « écrivain engagé ») pendant et après le nazisme. Tel est donc l'axe directeur de l'ouvrage, en parfait accord avec la vie même de l'artiste, de l'enfance à Dantzig, en 1939, au compagnonnage de Willy Brandt, agenouillé, trente ans après, devant le monument du ghetto de Varsovie. Quant au refus de la digression, qu'elle soit bavardage pseudo-psychologique ou recherche du « sensationnel », il est assez rare aujourd'hui pour mériter d'être souligné et loué. Surtout, le livre donne la formidable envie de lire ou relire Günter Grass, comme de réfléchir, encore, sur « l'ombre de Auschwitz », toujours menaçante, sous l'une ou l'autre forme, pour l'humanité. En effet, de même qu'il est impossible de ne pas entendre le cri de colère et de nostalgie d'Oscar, l'enfant du Tambour (1959) qui refuse de grandir, symbole de tous ces enfants perdus de l'hitlérisme, de même il est impossible pour Günter Grass de penser l'avenir moral et politique de l'Allemagne sans la mémoire de son passé nazi. C'est d'ailleurs toute l'oeuvre de l'écrivain qui s'inscrit ainsi dans un dialogue avec l'Histoire, aliment de la littérature et source de réconciliation entre réel et imaginaire. « Dans Le Tambour, écrit Olivier Mannoni, on trouve à la fois une oeuvre, le talent d'un conteur et l'invention d'un genre littéraire : l'Allemagne de l'après-guerre a trouvé son auteur. » Elle a aussi trouvé celui qui, fort des leçons de l'Histoire et de la création littéraire, peut envisager l'avenir sans idéologies – ce que Grass nomme lui-même son « utopie ».

Sophie Charbonnel


© Etudes Mars 2001