Allégresse | ![]() |
![]() | Il y a des musiques qui commencent comme des contes. Les premières notes nous susurrent « il était une fois » et nous incitent, par cette impulsion, à rester en éveil jusqu'à la fin de l'histoire, sans abandonner en cours de route, et d'autant moins lorsque cette histoire en appelle à l'« allégresse », titre du dernier CD de Maria Schneider. L'introduction de Hans Gilding, premier morceau de l'album, a cet effet magique. A la tête de son « big band », la pianiste allemande quadragénaire écrit en six épisodes (le morceau le plus long dure 20 mn 46 s) un conte qui nous caresse et nous surprend, nous blesse et nous guérit. Elle fait tinter les cuivres avec maîtrise et générosité, et joue parfaitement avec le temps. Exercice d'autant plus périlleux à la tête d'un « big band », dont la résonance des pupitres déchire le silence, ou le souligne avec beaucoup plus de force que les formations réduites. Un disque exigeant, qui ne supporte pas l'oreille distraite, mais qui apporte d'autant plus de satisfactions à celui qui s'y plonge en apnée. Voici du jazz qui n'a pas oublié sa vocation première, la provocation au sens noble. Provocation aussi pour un milieu souvent « macho », puisque cette Allégresse dirigée par Maria Schneider rayonne d'un autre talent féminin, celui de la jeune trompettiste solo Ingrid Jensen.Luc Chatel |
Février 2001 : Revue des Livres - Choix de Disques
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