LIGETI
Etudes. Premier et Second Livres
Toros Can, piano. L'Empreinte digitale. ED13 125.

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Février 2001 :
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« Mes Etudes ne sont ni de la musique de jazz, ni du Chopin ou du Debussy, ni du Nancarrow, et encore moins des constructions mathématiques. Ce sont des pièces de piano virtuose, des études au sens pianistique du terme et au sens de la composition proprement dite. » Ainsi le compositeur présente-t-il son oeuvre. Virtuose, oui, car toutes ces pages sont habitées par l'impatience des limites : tempi toujours plus rapides, dynamiques toujours plus fortes ou plus piano, espaces toujours plus complexes. Jusqu'où peut-on aller avec le corps d'un pianiste ? S'interrogeant sur ses Etudes, Ligeti disait : « Sans doute faut-il y voir l'effet des limites de ma propre virtuosité pianistique » ; et encore : « Mes Etudes sont le fruit de mon impuissance. » Il y a quelque jeu avec la mort dans cette virtuosité instrumentale telle qu'elle est héritée du piano du XIXe siècle. Une lutte ou un défi. Toros Can, jeune pianiste couvert de lauriers prestigieux, relève le défi. Tout impressionne dans ce jeu d'une grande intelligence et d'une écoute intérieure lumineuse. Cet enregistrement, par sa musique et son interprétation, honore l'histoire de la virtuosité pianistique. Il reste qu'au regard de cette histoire, la comparaison avec des pages de Liszt, Chopin, Debussy ou Bartók permet de poser la question de la virtuosité comme projet musical ; y suffit-elle ? On se souvient que Marguerite Long, voulant examiner un jeune virtuose, lui demanda de lui jouer Les Pas sur la neige de Debussy et un Andante de Mozart. La poésie comme accomplissement des limites assumées.

Philippe Charru