Jean LACOUTURE | ![]() |
Février 2001 : ![]() | Cette biographie de Germaine Tillion rend un fier service à l'honneur et au courage dont elle a défendu la cause de manière si constante dans les drames et les combats de ce siècle. Jean Lacouture essaie de comprendre l'énergie de ce destin, qui orienta d'abord cette jeune thésarde, élève de Marcel Mauss et de Louis Massignon, vers des études d'ethnographie et de longues missions dans l'Aurès algérien, avant qu'elle ne s'engage dans la résistance (le réseau du musée de l'Homme) et se trouve projetée (trahie par un prêtre) dans l'enfer de Ravensbrück. Après l'horreur du camp, où de splendides figures de femmes émergeront (notamment son amie Anise Postel-Vinay), ou, comme sa mère, disparaîtront, toute sa vie, jusqu'aujourd'hui, sera vouée au combat ferme, serein, étonnamment intelligent, contre tous les mécanismes tortionnaires ou esclavagistes qu'elle dénoncera sans relâche, après-guerre, pendant le procès des bourreaux, puis dès 1954, sur l'instance de Massignon, à nouveau en Algérie. Sa mission et ses écrits (on peut parler à son propos de « génie de l'enquête »), avant, pendant et après la tragédie algérienne, libres, inclassables et souvent décalés par rapport aux positions des politiques et intellectuels de tout bord, vaudront à cette femme respectée autant de reconnaissance que de solides incompréhensions (de Massu à Simone de Beauvoir ou Jacques Vergès). Lacouture, avec admiration et gratitude, rend justice à ce témoin majeur de notre siècle, dont on retiendra, pour notre part, comme image emblématique, la silhouette frêle, s'approchant calmement du SS qui allait achever une jeune fille du camp, pour lui dire un simple nein, qui l'éloigna. Avant que le soir même, très déférente, elle ne rédige une lettre au commandant du camp, lui signalant la brutalité d'un de ses hommes. L'ultime mérite de cette biographie, et non des moindres, est, par ses nombreux renvois à l'oeuvre de Germaine Tillion, d'inviter le lecteur à lire ou relire ses ouvrages, tous réédités, dont Ravensbrück, bien sûr, ou L'Algérie en 1957, Le Harem et les Cousins, ou le récent Il était une fois, l'ethnographie (Le Seuil, 2000).Dominique Cupillard |