Vidoslav STEVANOVIC | ![]() |
Janvier 2001 : ![]() | Derrière le portrait, tracé sans complaisance, de celui qui aura été l'un des acteurs principaux ayant mené la Yougoslavie à la ruine, c'est une radiographie cruelle, non seulement d'une région spatialement délimitée, mais aussi de l'Europe et des démocraties occidentales, qui est effectuée. Il fallait les nombreuses recherches documentaires scrupuleuses de l'historien et les talents visionnaires du romancier pour pénétrer l'intérieur d'un monde qui semble avoir perdu toute raison. Le désir de comprendre se heurte non seulement aux complexités d'une histoire tourmentée, aux contextes politiques difficiles (le titisme, sa décomposition, la chute du communisme, les obsédantes résurgences des nationalismes...), mais aussi aux entêtements quasi pathologiques de familles aux lourds atavismes (celles de Milosevic et de sa femme), aux palinodies d'oppositions réduites à se chercher des chefs représentatifs, aux complicités de la communauté internationale, plus dévouée à soutenir le tyran en place que ceux qui s'y opposent. « Homme sans qualité », Milosevic illustre la thèse de Hanna Arendt sur « la terrible, l'indicible, l'impensable banalité du mal ». Ni communiste ni nationaliste, comme il se dit lui-même, ni affairiste ni criminel, il utilisera en froid stratège toutes ces composantes idéologiques et sociales d'un Etat à la dérive, dans le seul but de se maintenir au pouvoir. Haï par ceux qui disent l'aimer, soutenu par ceux qui le honnissent, il poursuit une carrière que rien ne semble devoir arrêter. Il aura fallu beaucoup de courage, de lucidité et de talent à l'auteur pour fouiller jusque dans ses derniers retranchements l'esprit d'un homme sans âme et démonter les rouages qui lui ont permis de nuire durant tant d'années. Un livre important pour qui veut comprendre ce qui se passe, non seulement à nos portes, mais aussi au coeur même de tout pouvoir.Francis Wybrands |