André BIRMELÉ | ![]() |
Janvier 2001 : ![]() | On se souvient de la signature de la Déclaration commune sur la justification (DCJ), à Augsbourg, le 31 octobre 1999, par l'Eglise catholique et les Eglises luthériennes. Le dernier livre de A. Birmelé, théologien luthérien spécialiste de l'étude des documents oecuméniques, présente une analyse quasi exhaustive de sa préparation, des difficultés qu'elle a rencontrées et de son contenu. Le volume fait plus encore : il inscrit cette démarche dans la longue séquence du dialogue doctrinal luthéro-catholique (à la fois international et national, en particulier en Allemagne et aux Etats-Unis), balisant l'émergence progressive du consensus sur cette question centrale de la foi chrétienne. Il élargit encore sa recherche à la méthodologie du dialogue oecuménique, et expose en particulier la démarche aboutissant à un « consensus différencié ». Le dialogue doit en effet passer « d'un ensemble de consensus à un consensus d'ensemble » (p. 19). Mais un consensus dans la foi n'exige pas une « unanimité théologique », chose tout à fait différente. L'auteur fait enfin le point des thèmes les plus actuels du dialogue : la justification comme article capital de la foi du côté luthérien (le critère, et pas seulement un critère), la hiérarchie des vérités du côté catholique (un critère, le critère central restant la personne de Jésus-Christ, ce qui était également la conviction de Luther), les déclarations de « communion » entre les Eglises issues de la Réforme et le problème actuel de la « réception ». La probité intellectuelle de l'auteur enrichit cette mine de renseignements par des réflexions et des interprétations qui tiennent compte scrupuleusement des positions des divers partenaires. On peut lui faire toute confiance. A. Birmelé ne ménage même pas son propre camp, en particulier quand il rend compte de l'attitude négative, voire fondamentaliste, de certains théologiens luthériens allemands. La DCJ apparaît comme une victoire encore fragile de la volonté de réconciliation sur des méfiances tenaces qui subsistent de part et d'autre. Si, du côté catholique, la préparation du document est restée confinée dans les milieux de la recherche oecuménique, du côté du luthéranisme allemand le débat a été public et parfois violent dans l'expression des oppositions. Certains théologiens luthériens y ont contesté « une tendance à une indépendance institutionnelle du magistère ecclésial luthérien face à la théologie universitaire » (p. 119), instance plus « conservatrice ». Certains estiment qu'il faudra encore revenir sur la justification, comme si tout n'était pas encore clarifié. Personnellement, je pense, avec l'auteur, que ce n'est pas la justification qui nous sépare aujourd'hui, c'est le problème de l'Eglise.Bernard Sesboüé |