Eugen DREWERMANN | ![]() |
Janvier 2001 : ![]() | Il y a des livres, tel celui-ci, comparables à des noix de coco : il faut être lourdement équipé pour avoir quelque chance d'arriver au fruit après en avoir martelé, scié, brisé la coque. Celle-ci se manifeste dès le sous-titre, avec la bourde, relativement et malheureusement fréquente, qui consiste à traduire l'allemand Sage, terme générique pour désigner une forme de récit populaire, par saga, genre littéraire précisément et étroitement défini dans la culture islandaise entre le Xe et le XIVe siècles. La coque se renforce, si l'on peut dire, avec la 1ère partie, « Fondations philosophiques d'une herméneutique théologique » : la ferme incompréhension de l'auteur, tant à l'égard de l'exégèse critique que de l'histoire et de l'esprit historien, se confirme là, n'apportant rien à un débat qu'il bloque a priori. Une fois passés ces obstacles, naturellement inutiles et lassants, on parvient à l'ouvrage d'un adepte de la psychanalyse qui, le plus souvent, parsème son propos d'une réflexion appuyée sur une riche expérience humaine de la souffrance psychique et affective. La part la plus originale est sans doute dans la problématique de fond, qui consiste à donner la priorité, voire la primauté, au rêve sur la parole, même si l'on peut discuter légitimement du rapport entre les deux. En tout cas, cette problématique lui permet d'aborder de façon originale ses thèmes de prédilection, dont le texte biblique. Il y a un mode d'emploi de l'oeuvre de Drewermann, étant donné la masse des références et informations qu'il assène à son lecteur, dont on se demande parfois si elles sont là pour garantir la démonstration ou pour faire taire l'interlocuteur. C'est pourquoi nous ne saurions trop recommander d'aborder ce livre à la manière d'un chasseur de champignons, qui collectera ici et là de précieux enseignements, en référence ou non à la Bible, ce qui n'a, en fin de compte, guère d'importance pour la Bible elle-même, mais qui peut en avoir pour le lecteur éclairé, voire libéré par telle remarque, par tel rapprochement littéraire, surtout par l'écho de la riche expérience humaine de l'auteur.Pierre Gibert |