Claude HAGÈGE
Halte à la mort des langues
Odile Jacob, 2000, 402 pages.

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Janvier 2001 :
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Avec la verve qu'on lui connaît, l'auteur s'attaque, cette fois, au destin tragique et méconnu des langues qui disparaissent. Le fait n'est certes pas nouveau, mais on en avait autrefois encore moins conscience qu'aujourd'hui. Cl. Hagège se risque à chiffrer : d'ici 2100, 4 500 langues sur 5 000 auront disparu, et même à comparer au « rythme de disparition des espèces vivantes » (p. 229-230). Il est peut-être discutable (en tout cas très discuté parmi les spécialistes) de parler des langues comme d'espèces naturelles, mais, de fait, cette métaphore n'est pas entendue ici en un sens littéral. Les langues (et le langage) sont « pourvoyeuses de vie », puisque meurent les enfants à qui on ne parle pas. Et les langues elles-mêmes, de quoi meurent-elles ? Des génocides et ethnocides, des émigrations, des colonisations, de toutes les formes de pouvoir que prennent des groupes dominants sur des dominés, et pas seulement les dominants bien identifiés que sont les langues coloniales sur les colonisées : en Afrique, même aujourd'hui, des véhiculaires parfaitement autochtones font disparaître des idiomes locaux, et cela se passe chaque jour sur les cinq continents, y compris l'Europe. Le latin, le grec (le sanscrit, etc.) sont-ils des langues « mortes », à l'instar de toutes ces langues (« patois » européens, certaines langues « aborigènes », amérindiennes...) ? Non, grâce à leur instrumentalisation graphique, c'est-à-dire que, même si on ne les parle plus, on les connaît, par les documents (littéraires et autres) que cette graphie a permis. On les appelle donc « classiques », et ce n'est pas la même chose que « mortes ». Oui, mais, pour prestigieux qu'il soit, ce statut n'est pas forcément enviable : désirons-nous que le français devienne un « classique » ? Pour l'auteur, les francophones font tout pour cela, en acceptant passivement, et même servilement, l'envahissement de l'anglophonie véhiculaire. Heureusement, existent des signes de résistance et de vitalité ; par exemple, la résurrection de l'hébreu, que Cl. Hagège retrace longuement et passionnément. Un livre très documenté (trois index de notions, de langues et de noms propres), révolté et plus que dynamique.

Nicole Gueunier