Joyce Carol OATES
Blonde
Roman traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Claude Seban.
Stock, 2000, 984 pages, 169 F.

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Janvier 2001 :
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« Une gosse portant un corps de femme comme une petite fille essaie les vêtements d'un adulte. » Une idole de chair blonde dévorée des yeux, et, à l'intérieur de la tête, par un peuple innombrable d'aveugles hallucinés. En vérité, une gamine sans père, une petite noiraude anonyme, seule avec une mère pathétique, rongée par l'alcool et les drogues, emportée nue et hurlante, un jour, dans un hôpital psychiatrique, après avoir tenté d'ébouillanter sa fille. Un petit être perdu, nommée Norma Jeane Baker, avant de devenir plus tard celle qui fut fabriquée sous la dénomination de Marilyn Monroe, un monstre sacré dans l'arène de Hollywood, au milieu des fauves pervers flairant l'odeur du sang, et qui se débattit jusqu'à sa mort avec une sorte d'innocence désespérée, pour sauver son âme de tous inconnue. « Si je pouvais ôter mes vêtements. Si je pouvais paraître devant vous nue comme Dieu m'a créée, alors... vous me verriez ! » Bien sûr, il ne s'agit pas d'une biographie de Marilyn, c'est même exactement l'inverse, bien que tant de faits approchent la vérité la plus crue et frôlent le vraisemblable. La grande romancière qu'est Joyce Carol Oates (dont j'ai rendu compte de chaque livre, dans Etudes, depuis vingt ans) compare son travail à celui de Shakespeare dans ses pièces historiques, épousant de l'intérieur les drames de Henri IV, Henri V, Richard III. J. C. Oates s'est glissée de même tout entière, moins dans la peau (mais dans la peau aussi) que dans l'âme de cette pauvre, fascinante idole, torturée par sa beauté et sa soif de vérité. « Elle n'était ni blonde, ni idiote », elle aspirait à devenir une vraie comédienne de théâtre, lisait Stanislavski et Tchekhov, composait en secret des poèmes – dont un seul est cité véridiquement, enfoui dans ces mille pages : Help, help ! « A l'aide, à l'aide ! »... Ce cri trahit l'âme secrète de celle qui avoua, un jour : « On vous paie mille dollars pour un baiser et cinquante cents pour votre âme. » Le véritable calvaire d'une enfance déshonorée, mêlée à de troubles poussées mystiques, dans un orphelinat religieux, vire au cauchemar, non sans drôlerie, par instants, et une confondante naïveté. Une force, pourtant, est en elle, qui se dégage de ce portrait faussement imaginaire. Survivre par une quasi-prostitution, vivant sa sexualité comme une épreuve et une perpétuelle souillure, n'empêche pas son désir de croître, grandir, recommencer sans cesse, au milieu des pires désordres de toutes les célébrités qui l'entourent et abusent d'elle, jusqu'au sommet de l'Etat ! Une immense, bouleversante compassion baigne chaque page de ce livre que Joyce Carol Oates a écrit avec son sang. Quelle que soit l'agonie du personnage ici décrit, la romancière avoue, en parlant d'elle : « Son moi profond transparaissait. Une âme pure. C'était beau, et ça n'avait pas de nom. »

Jean Mambrino