François EUVÉ
Penser la création comme jeu
Préf. par Guy Petitdemange. Cerf, coll. Cogitatio fidei, 2000, 408 pages, 190 F

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Décembre 2000 :
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Pour penser théologiquement la création, F. Euvé ne fait pas appel à l'image du travail (généralement privilégiée par la tradition occidentale), mais plutôt au « modèle du jeu ». Cette référence est d'abord pertinente dans un contexte « postmoderne », marqué par une réaction contre les valeurs de maîtrise et de productivité. Elle permet aussi une juste relation entre la théologie et les sciences de la Nature, en un temps où certaines approches scientifiques du monde mettent en question le schème d'une nécessité causale et prennent elles-mêmes en compte la thématique du jeu. Non point que celui-ci doive être confondu avec l'aléatoire : il fournit un cadre et il a ses propres règles. Mais le jeu est précisément articulation entre liberté et contrainte ; il est aussi ce qui procure joie et enchantement ; il dit tout à la fois le risque, l'imprévisible, la gratuité. Par tous ces traits, et par d'autres encore, il mérite d'avoir aujourd'hui toute sa place dans une pensée de la Création. Cette dernière thèse, esquissée par quelques rares théologiens contemporains (notamment A. Gesché), est ici étudiée dans ses fondements bibliques (le « jeu de la Sagesse ») et dans ses sources patristiques (notamment Maxime le Confesseur), avant de donner lieu à une étude plus « systématique ». L'auteur n'ignore pas les objections qui peuvent être soulevées : ne risque-t-on pas d'associer le hasard à l'action divine ? Ou encore, la thématique « ludique » ne risque-t-elle pas de méconnaître l'épreuve du mal et le drame de la Croix ? Mais les objections aident en fait à préciser la notion de jeu, et à dégager les apports spécifiques de cette notion à la théologie chrétienne. Le livre de F. Euvé, original et profond, témoigne bien du renouveau que connaît actuellement la pensée chrétienne sur la Création. Et, comme le note G. Petitdemange dans sa Préface, il témoigne aussi d'« un ton neuf en théologie » (p. 11).

Michel Fédou