Eric HOLDER
La Correspondante
Flammarion, 2000, 240 pages, 90 F.

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Les liens que peut tisser un romancier avec ses lecteurs sont-ils à jamais enfouis dans un jardin secret ? Eric Holder brise la glace dans La Correspondante. Tout commence par un banal courrier d'une lectrice à un écrivain. D'emblée cependant, c'est plus qu'une lettre d'admiratrice ; très vite, elle déroule devant lui sa vie – enfants, beau-père, maison, jardin, parc, mari. « Mon si cher », lui écrira-t-elle peu après. Surtout, elle avait eu une phrase troublante : « Je suis de celles dont la rente est promesse. » L'écrivain répond aussitôt. C'est pour lui l'occasion de mettre en relief l'attirance qui peut rapprocher deux êtres. La Correspondante envahit son esprit, désorganise le rythme de son travail, bouscule sa vie de mari, de père. S'établissent une relation complice et ambiguë, un lien insoupçonnable, répondant à une passion que le narrateur pressent et désire fuir, tout en en devenant de plus en plus mystérieusement obsédé. Entre deux femmes – celle qu'il désigne comme « la femme de [sa] vie » et « la Correspondante » –, le narrateur est un peu perdu, comme il se perd aussi dans l'excès d'alcool. Son amour est « chez lui », mais « chez elle » il y a une sorte de rêve, de « bulle », une passion cachée, un lieu où il est, lui aussi, dissimulé. « J'écris à un fantôme. Peut-être que vous n'avez jamais existé, au fond », affirme la Correspondante dans l'une de ses lettres. Mais qui invente qui ? Vous ne le saurez pas en lisant La Correspondante, mais vous aurez un plaisir infini à ne pas le savoir.

Michèle Levaux

Décembre 2000 : Revue des Livres - Choix de Disque
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