France QUÉRÉ | ![]() |
![]() | Les amis de France Quéré, disparue prématurément, ont eu l'excellente idée de rassembler en deux volumes un certain nombre de ses écrits épars, articles et conférences donnés dans des circonstances diverses. C'est un petit trésor qu'ils nous livrent ainsi. Le premier tome est fait de commentaires et de propos sur des textes de l'Ancien et du Nouveau Testaments : création du monde, nativité de Jésus, béatitudes, Jésus devant les malades et les femmes, Jésus en croix et ressuscité. F. Quéré n'était pas une exégète de métier, c'était une chrétienne compétente qui lisait et commentait l'Ecriture à partir de sa foi et de la fraîcheur toujours émerveillée de son expérience de femme. La qualité de son discernement spirituel a l'art de décaper, avec humour et pittoresque, des scènes bibliques sur lesquelles notre vue usée ne sait plus jeter un regard neuf. Le second tome est centré sur les problèmes posés par la volonté de vivre de la foi dans notre monde : le mal ; les défis de la modernité, qui semblent rendre aujourd'hui la foi impossible après l'intervention des trois maîtres du soupçon (la radicalité de certains propos se ressent ici de l'héritage de mai 68) ; le prochain ; l'Eglise et l'oecuménisme, enfin. Emouvante quand elle parle de la prière et de l'eucharistie, sévère quand elle s'adresse à l'institution, F. Quéré, vraiment protestante, se sentait très proche du catholicisme, avec les représentants duquel elle a beaucoup travaillé, au point de dire que les deux confessions avaient exercé sur elle la même influence. Les deux tomes sont dominés par le thème de l'autre et de l'Autre, avec tout son cortège de vocabulaire : communion, alliance, rencontre, partage, échange, amitié. Ils sont émaillés de formules d'auteur : « Le pardon, c'est l'altérité même en sa merveille » (1, p. 126). « Dieu crée Eve pour Adam, comme il a créé Adam pour lui : le monde devient bon dans l'épiphanie d'un autre » (1, p. 131). « Le Jésus qui vient s'appelle l'Autre » (1, p. 147). « L'autre m'ouvre au monde de l'équité » (2, p. 229). A cette idée-force se joignent le refus de l'exclusion et l'éloge de la tolérance mutuelle, toujours évoqués dans la foi, « mélange instable de certitude et de question » (2, p. 74). Citons encore ces deux propos : « Pardonner, c'est regarder l'offenseur, non son offense » (2, p. 63) ; et : « Les choses nous ressemblent. Le pain du Christ est le Christ lui-même. Notre pain, c'est nous-mêmes : il se mange seul, ou il sèche ; ou il se partage dans un geste fraternel » (2, p. 275). France Quéré nous redonne le courage et la joie de croire.Bernard Sesboüé |
Novembre 2000 : Revue des Livres - Choix de Disque
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