Jim HARRISON
Wolf, mémoires fictives. Un bon jour pour mourir.
Nord Michigan. Légendes d'automne. Sorcier

Robert Laffont, coll. Bouquins, 2000, 800 pages, 149 F.

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En route vers l'Ouest
Trad. de l'américain par Brice Matthieussent. Chr. Bourgois, 2000, 370 pages, 150 F.

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En route vers l'ouest

Il est étrange que tant de violences, de désordres, de désastres (extérieurs et intérieurs) soient traversés soudain d'une telle onde de compassion et de mélancolie, comme ces brises soudain levées des lacs ou des forêts du Montana. Mais il y a encore ici des vents aussi clairs, aussi allègres que les rires des torrents qui emportent tout sur leur passage. Même le désespoir ou la vengeance sont animés d'un amour passionné de la vie. Oui, c'est elle qui domine dans les histoires de Jim Harrison, même si elles sont quelquefois inégales (sans perdre de leur saveur), comme les trois dernières parues chez Bourgois. Dans l'une d'entre elles on suit Chien Brun, espèce d'Indien drolatique qui a quitté ses bois du Michigan pour retrouver, dans la faune et la foire hollywoodienne, la peau d'ours qu'on lui a volée. Les deux autres de ce volume n'atteignent pas tout à fait la magie entraînante des sept romans rassemblés dans la collection Bouquins, surtout Wolf, Nord Michigan, Légendes d'automne, Sorcier, d'où s'élève un chant d'une confondante alacrité. Baignés dans une nature somptueuse (il y a toujours d'immenses montagnes à l'horizon, des forêts infinies et pourtant presque familières), les personnages haut en couleur qui s'y déplacent, gorgés de whisky, d'avidité charnelle, de nostalgie, de tendresse, masquent celle-ci sous une apparente immoralité, le goût du scandale, l'ironie ou la révolte. Rien ne les arrête jamais. Ils sont toujours en fuite, en quête, hommes aux semelles de vent, citant Rimbaud, Whitman, Dostoïevski entre deux orgies gaillardes, attentifs aux plantes et aux bêtes, grands chasseurs et pêcheurs devant l'éternel, mais rejetant à l'eau les poissons capturés ou laissant passer intact un chevreuil furtif dont ils ont croisé le regard. La langue, encore plus simple et nue que celle de Hemingway, pleine de détails topiques, précise jusqu'à la minutie, craquante, croquante, salivante, juteuse, rassemble sans effort, dans une grande nappe descendue du ciel, toutes les merveilles de la Création. Allons, le pire n'est pas toujours sûr, même au fond du malheur, disent ces faux mauvais garçons qu'on aimerait bien avoir comme amis.

Jean Mambrino

Novembre 2000 : Revue des Livres - Choix de Disque
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