Christian DÉCOBERT (sous la dir. de) | ![]() |
![]() Novembre 2000 : | Ch. Décobert s'efforce d'abord, dans un langage philosophique éprouvé, de définir la notion d'identité, thème majeur de l'ouvrage adopté par les dix-huit auteurs, à la suite d'un colloque de trois jours tenu au Caire en mars 1995. Principe appliqué dès le premier chapitre : « Les signes de l'identité en Egypte ptolémaïque (323-20 av. J.-C.) ». Nous énumérons ces signes, qui seront repris dans tous les chapitres suivants : la religion, le Droit, l'adhésion aux politenmata (organisations locales à base ethnique), la langue, l'anthroponymie, l'ascendance signe d'ethnicité, le métier, l'habitat. L'ouvrage applique ces critères identitaires aux grandes dynasties qui dominèrent l'Egypte. Les Mamelouks, ces descendants d'esclaves vus comme des Turcs, présentent une identité ethnique plurielle : Kiptchorks, Circassiens, Mongols. Arrivée au pouvoir en 1250, cette dynastie sauva l'islam de l'anéantissement mongol. L'identité de la dynastie ottomane (1517-1914) demeure complexe. Turcs ? Affirmation discutable. Ils gouvernèrent tout le monde musulman, mais jamais la langue arabe ne fut généralisée. Avec les dynasties proprement arabes, les Fatimides (en Egypte de 973 à 1171), les Ayyubites (XIIe et XIIIe s.) manifestent leurs processus identitaires avec l'arabisation progressive de l'Egypte. Qu'en fut-il des juifs et des chrétiens ? Les juifs sont très souvent cités. Un chapitre original est consacré aux Caraïtes ; apparus en Mésopotamie en 760, ils se séparent peu à peu des juifs rabbanites. Les coptes (de Ay-Guptos), seuls véritables autochtones, voient leur pays successivement occupé par les Grecs, les Byzantins et enfin les Arabes. Dans le chapitre intitulé « Chrétiens et musulmans à la fin du XIIe siècle », Maurice Martin, s.j., présente un document précieux, rédigé entre 1160 et 1190. A cette époque, l'islamisation s'accélère. Vers 1130, la moitié des vingt-quatre évêchés du Delta a disparu, car, après la grande tolérance fatimide, la contrainte devient rude avec Saladin et les Ayyubites ; beaucoup d'églises sont rasées. Un autre chapitre complète ce document : « La conquête arabe vue par les historiens coptes » (Ch. Décobert). Les musulmans, qui s'emparent de l'Egypte à partir de 642, sont plutôt ressentis comme les libérateurs des Byzantins : l'adhésion de ceux-ci au concile de Chalcédoine (451) était insupportable pour les coptes monophysites. Arabes ? Libérateurs ou oppresseurs ? Des faits sont cités, dans un sens ou dans l'autre. N'oublions pas l'importance du monachisme égyptien, apparu au IIIe s. La vie de saint Antoine, par Athanase, est un document important. Rappelons le prestige émouvant du monastère grec-orthodoxe Sainte-Catherine, au Sinaï, construit dès le IVe s. L'identité de cette communauté se définit à partir d'une double situation. D'abord, l'environnement arabe : agriculteurs des villages voisins et nomades ; tribus « remuantes et belliqueuses ». L'autre situation tient dans les relations entre ce monastère grec et ceux de Crète, d'Istanbul et autres. Signalons, enfin, l'importance, en Egypte, de la francophonie, dont quatre-vingts établissements scolaires français, groupant quelque vingt-cinq mille élèves. Ouvrage original, de conception inédite, presque révolutionnaire. Il substitue à la vision historique événementielle habituelle une notion nouvelle, davantage fondée sur l'évolution de l'homme, sur ses composantes identitaires. Celles-ci, à travers leur écheveau, semblent présager de sa finalité suprême. L'expression du commencement, « créé à l'image de Dieu », suggère, à travers l'évolution de tant de composantes, que Dieu, en se manifestant homme, apporte à l'homme son identité définitive. [Signalons la parution de deux ouvrages sur l'Egypte copte : L'Art copte en Egypte. Deux mille ans de christianisme (IMA/Gallimard, 2000, 256 pages, 200 F) ; L'Egypte copte. Les chrétiens du Nil, par Christian Cannuyer (Découvertes/ Gallimard, 2000, 144 pages, 75 F).]Henri Loucel |