Jacqueline HARPMAN
Récit de la dernière année
Grasset, 2000, 246 pages, 95 F.

Retour à la page d'accueil

Pour commander
CLIQUER ICI

C'est à peine si nous osons prononcer le mot. La mort, aujourd'hui, s'évite et se maquille, sauf lorsqu'elle nous concerne de loin. Dans la promixité, tout nous incite, par contre, à en occulter l'inéluctable réalité. Or voici que cette mort-là, Jacqueline Harpman nous y affronte avec une incroyable audace, dans un roman qui l'installe en fatalité irréversible de l'ultime année encore inscrite dans la vie d'une femme de cinquante ans. Ce pourrait être une mi-vie. C'est à une fin de vie qu'il nous est donné d'assister. Comment réagir face à une mère, une fille, une femme à laquelle un cancer incurable consent, au plus, six mois à un an ? Comment réagir soi-même face à une telle nouvelle et comment se comporter avec ceux qu'on laissera dans la peine ? L'écrivain empoigne son sujet avec une intelligence aiguë et sensible du secret des êtres. Elle n'esquive rien. Elle n'édulcore pas. Elle nous préserve de tout méli-mélo. Elle dit tout sans tout dire. Et c'est très fort parce que si, ainsi qu'elle l'écrit, il n'y a ni règle, ni cérémonial prévu pour accompagner un vivant vers sa fin, il n'est pas non plus de mots pour en dire. C'est que la vie passe dans cette attente de la mort autour de laquelle se construit le roman. Et dans cette vie qui va vers son terme, résonne toute la passion qu'en a la femme, la romancière et, sans doute, la psychanalyste Jacqueline Harpman, laquelle, face au scandale d'un parcours trop tôt interrompu, s'insurge non seulement contre pareil destin, mais aussi contre les usages qui empêchent souvent d'être nous-mêmes au regard des autres. « On a droit à soi, tout de même », se rebelle une héroïne malgré elle. Celle-ci sera soutenue par les bavardages complices avec sa mère, sa fille ; trois générations de femmes échangent tout ce qu'elles ont été et se découvrent dans une intimité neuve. Récit de la dernière année est un livre de foi en la vie, un livre qui bat intensément et résonne très loin en soi, comme ces chants qui accompagnent la cérémonie des adieux.

Michèle Levaux

Octobre 2000 : Revue des Livres - Choix de Disque
Sommaire du numéro

Accueil