François MAURIAC
La Paix des cimes
Chroniques 1948-1955.
Edition établie par Jean Touzot. Bartillat, 2000, 626 pages, 149 F.

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Septembre 2000 :
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« Un poète, un romancier, qui devient journaliste ne change pas de nature, il reste un artiste. » Celui-ci mobilise toutes les puissances de son inspiration pour éclairer les événements éphémères qui composent la vie de la cité. La polémique pour lui n'est jamais séparée de la prière ; il possède l'art de tout transfigurer. « Je prendrai la politique, je la baptiserai littérature, et elle le deviendra aussitôt. » Tel est le rayonnement de ce livre admirable, semblable à un fleuve couvert de milliers de flammèches emportées par le Temps. Les faits divers quotidiens, où le pire et le meilleur s'entremêlent, les ridicules, les drames, la magie des souvenirs, la pomme de pin enterrée le dernier jour des vacances, les lectures inoubliables, Pascal, Proust, Hugo, Racine, les livres qui tombent comme feuilles à l'automne, tout ici s'embrase dans une écriture dont le vrai nom est poésie. Stupéfiant est le trésor accumulé en sept années. Ce sont celles des derniers romans (Le Sagouin, L'Agneau), que baigne le soleil du Prix Nobel. Mauriac s'engage pour le Maroc aux côtés de Massignon et se dresse contre les intellectuels à genoux devant Staline, tournés vers la Cour du Kremlin où les luminaires sont des pendus. L'Abbé Pierre pousse son premier cri, quand un enfant meurt de froid dans la rue. Les Temps Modernes dictent la mode aux beaux esprits. On joue Le Partage de Midi ou Le Diable et le Bon Dieu. Diên Biên Phû succombe. Sartre canonise Jean Genet. Camus se bat pour la justice et entrouvre La Pesanteur et la Grâce. Les prêtres ouvriers sont condamnés par l'Eglise. Bonjour, tristesse, soupire Françoise Sagan, alors que dix mille étudiants pèlerinent vers Chartres, à la suite de Péguy. La voix de Mauriac, rauque, étouffée, s'élève jour après jour, avec une force divinatrice, ramenant tous les débats à l'essentiel. Il médite sur « la vieillesse qui apporte avec elle sa lampe », sur l'enfance encore à vif dans les coeurs blessés, flétris. En plein théâtre, il saisit le vide masquant « ce besoin, cet appel, cette exigence d'une autre vie ». Mais la lune « écoute derrière les branches », à Aix-en-Provence, quand s'élève la musique de Mozart. Il évoque Le Journal d'un curé de campagne vu au cinéma quand Gide agonisait, et encore la dernière phrase de Husserl, au sortir du coma, appelant son infirmière : « J'ai vu quelque chose de magnifique, vite, écrivez ! » Comme elle s'approchait, il était mort. Sans cesse, derrière chaque être humain, il atteint « ce silence annonciateur de la paix que le monde ne connaît pas », et qui descend sur le Visage essuyé par Véronique, à tous les coins de rue fléchés, vers Emmaüs. C'est toujours l'heure, le jour baisse. Il faut entrer avant la nuit.

Jean Mambrino