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Naissance d'une nouvelle Province jésuite
La visite Père Général au Vietnam du 6 au 15 juillet 2007 s'est achevée par une grande célébration pour le 50ème anniversaire du retour des Jésuites au Vietnam (1957-2007), qui a eu lieu à Thu-Duc, Ho Chi Minh-Ville, et à laquelle la province de France était bien représentée. Ce grand moment fut aussi comme l'acte de naissance d'une nouvelle province : la Région indépendante du Vietnam a en effet été érigée, le 14 juillet, en une Province de l'Assistance de l'Asie Orientale-Océanie, portant le grand nom de François Xavier.
Il est bien compréhensible que l'on ait pensé avant tout, pour l'œuvre de la mission en Asie, aux grands peuples avec leurs grandes cultures, tels que l'Inde, le Japon, la Chine. Cela dit, il faut se remettre en mémoire que la démarche qui devait aboutir au retour des Jésuites au Vietnam, officiellement le 25 décembre 1957, a bien été marquée par une enquête préalable, un échange mutuel entre les autorités, et un projet missionnaire de taille pour l'Église du Vietnam. Un projet, disons « d'occasion » pour un petit peuple, qui a porté pourtant des fruits durables et en abondance au cœur même de situations le plus souvent extrêmement difficiles. Pour la première étape, 1615-1773, marquée par des persécutions continuelles et sanglantes, on ne cesse de citer Alexandre de Rhodes (1593-1660), un jésuite d'origine avignonnaise, comme la figure majeure à cause de ses publications pour la première fois en langue vietnamienne latinisée.(note 1) Dans son Voyages et Missions, il écrit : « Je ne faisais pas attention à cette terre fertile, mais à des fruits en abondance dans l'annonce de l'Évangile pendant peu de temps. J'en suis le témoin et je peux dire : envoyé ici à cinq reprises, j'ai vu à mes propres yeux la bénédiction que Dieu a donnée à cette terre prospère, exactement comme le saint Roi David avait chanté : le ciel fait tomber la rosée et toute la terre se fructifie ».
La deuxième étape, 1957-2007, a eu évidemment pour tournant l'événement historique de 1975, de sorte qu'on doit parler d'un avant et d'un après. L'œuvre jésuite était plutôt modeste : sans parler de l'activité sociale et du projet de développement rural à peine commencés, les Jésuites ont principalement contribué à la formation des séminaristes et des étudiants. Mais toutes ces activités furent réduites à zéro à partir du tournant politique en 1975. Tous les Jésuites étrangers durent quitter le pays en laissant derrière eux 23 Jésuites vietnamiens, dont la plupart étaient en formation. Leur présence et surtout leurs activités passèrent à la clandestinité. Comment ne pas remarquer que, avec un tel départ, la création d'une nouvelle province de 134 membres est une chose extraordinaire, et d'autant plus que la situation politique reste aujourd'hui essentiellement la même ? Maintenant et demain Parcours extraordinaire qui, précisément comme tel, porte en soi les problèmes qui constituent le grand défi pour cette province naissante ! Cela explique, à mes yeux, l'importance de la visite du P. Général. Durant ses dix jours au Vietnam, le P. Kolvenbach a consacré la plupart de son temps à voir tous les Jésuites, novices compris, soit en communauté soit en petit groupe. Et pour préparer cette grande rencontre, il avait reçu par avance la liste des questions venant des membres de la province. Ayant survécu, puis grandi dans ces conditions difficiles, et surtout isolée, cette nouvelle province ne vivait « pas comme les autres » ; elle devra donc désormais faire face avant tout aux problèmes de gouvernement à la hauteur de la mission jésuite dans notre temps. Défi d'autant plus grand que son isolement n'a pas encore complètement disparu. La formation des nôtres, surtout les études, s'étant faite de manière, je dirais, « familiale », la jeune province se trouve, comme bien d'autres provinces certes, devant le problème du manque de formateurs, mais surtout devant le problème de « manière de faire » pour la collaboration interne et externe et pour l'aspect académique de la formation. Vu ces problèmes et le nombre des jeunes Jésuites (60% de l'effectif), la formation des nôtres a été placée en première priorité des activités de la Province. L'essentiel de leurs activités s'étant exercé dans une grande discrétion, et le plus souvent dans la spontanéité, peut-être le temps est-il venu pour les Jésuites vietnamiens de refaire un projet apostolique en fonction de leur propre situation et des grands problèmes de la société et de l'Église. Une nouvelle page de l'histoire de la présence jésuite au Vietnam s'ouvre ainsi avec de tels défis à la fois énormes et jamais rencontrés. C'est bien un « petit » commencement tout comme celui de l'arrivée et du retour : s'y est manifestée l'œuvre du Seigneur, elle le sera encore. Joseph NGUYEN
(1) Ce sont le Dictionnaire vietnamien-portugais-latin et le Catéchisme en huit jours , publiés à Rome en 1651. La langue vietnamienne s'écrivait comme le chinois ; latinisée par les missionnaires jésuites, elle ne deviendra le Quoc Ngu (Langue Nationale), après une longue évolution, qu'au début du 20 e siècle. Pour faire mémoire du Père de Rhodes, une rue porte son nom au cœur de Ho Chi Minh-Ville (ancien Saigon).
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Jésuites : serviteurs
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