Christoph
Theobald s.j.
Vivre l'appel apostolique
29/05/2009
Extraits de l'article de Claire LESEGRETAIN
sur le site de la Croix.com
Ce « jésuite français de nationalité allemande » enseigne la théologie au Centre Sèvres à Paris et anime des formations pastorales et des groupes bibliques. Spécialiste de Vatican II, il compte parmi les théologiens les plus féconds de sa génération.
Ce qu'il découvre de l'Église de France le fascine
Christoph Théobald est né en 1946 à Cologne. Enfant déjà Christoph était attiré par l'Ouest et en particulier Paris. Afin de réaliser son rêve d'enfance, il profite de l'occasion d'une année hors du séminaire de Bonn, où il est entré pour étudier la philosophie, la théologie et la musicologie, pour venir apprendre le français à l'Institut catholique de Paris et à l'Alliance française...
Ce qu'il découvre de l'Église de France, dans ces années où l'Action catholique reste très influente «avec sa théologie pastorale qui a donné Gaudium et spes», le fascine. De retour à Bonn, ayant passé sa maîtrise de théologie et alors qu'il est boursier d'une grande institution allemande, Christoph Theobald traverse « une phase difficile ». « J'étais marqué par la grande figure de l'apôtre Paul, à la fois missionnaire, fondateur et théologien, et je ne voyais pas comment je pouvais vivre un tel appel apostolique dans une paroisse allemande. »
Il revient en France, prépare une thèse sur Maurice Blondel et la modernité et s'installe à Chantilly, où les jésuites possédaient (jusqu'en 1999) une vaste propriété avec une bibliothèque réputée. C'est là qu'il fait les « trente jours » (exercices spirituels ignatiens pendant un mois), expérience « vécue comme une seconde conversion ».
« La découverte de la Compagnie de Jésus en France a été providentielle et décisive pour moi, permettant de faire coïncider mon désir de vie selon le modèle paulinien et la spiritualité ignatienne», poursuit le P. Theobald. C'est donc dans la province de France qu'il décide d'entrer. Un choix qu'il explique aussi par l'importance de la construction européenne. D'ailleurs, pour signifier son lien avec l'Église d'Allemagne, il sera ordonné diacre à Bonn en 1982, peu avant son ordination presbytérale par Mgr Jean-Marie Lustiger à Saint-Ignace, l'église des jésuites à Paris. 
Rédacteur en chef de "Recherches de science religieuse"
Dès 1980, Christoph Theobald commence à donner au Centre Sèvres un cours de théologie fondamentale et un autre sur Jean-Sébastien Bach, avec le P. Philippe Charru. « Au noviciat, Philippe, ayant su que je jouais de la flûte, m'avait proposé de l'accompagner à l'orgue. C'est ainsi que nous est venue l'idée de travailler ensemble sur Bach », résume-t-il, ajoutant que ce jésuite l'a aussi initié… aux vins de Bordeaux.
De leur travail commun sortiront deux ouvrages. Les enseignements du P. Theobald se densifient : à partir de 1984, il donne aussi un cours de théologie dogmatique. Pour son « troisième an », il est envoyé en Haute-Égypte, dans un village pauvre près de Louxor : « Ce fut un temps très heureux, qui m'a permis de mieux connaître la culture des étudiants originaires du Proche-Orient accueillis au Centre Sèvres. »
À son retour, on lui propose une responsabilité dans la grande revue théologique internationale Concilium – il y restera pendant onze ans – et d'entrer au comité de rédaction des prestigieuses Recherches de science religieuse (RSR), dont il est le rédacteur en chef depuis janvier dernier. C'est dans le cadre de Concilium qu'il rencontre en 1994 l'historien italien Giuseppe Alberigo : le président de l'Institut de sciences religieuses de Bologne l'associe à la grande Histoire du concile Vatican II qu'il a lancée en 1988 et qui sera publiée en sept langues. 
Jésuite audacieux
Le P. Theobald en écrira le chapitre consacré à Dei Verbum dans le 5e et dernier tome (paru en français en 2005). « Même si j'avais donné un cours sur le Concile dès 1982 au Centre Sèvres, c'est ce long travail avec l'équipe d'Alberigo qui m'a conduit à préciser mon interprétation de Vatican II », rappelle-t-il, se situant dans le prolongement des jésuites du XVIe siècle qui avaient travaillé sur la réception du concile de Trente. Ce travail de longues années se concrétisera à la rentrée prochaine avec la parution du premier de deux volumes sur La Réception du concile Vatican II (1). Un autre livre du P. Theobald sur La Réception de Dei Verbum (Cerf), sortira également à l'automne.
Outre des ouvrages théologiques plutôt accessibles (La Révélation, Présence d'Évangile et Transmettre un Évangile de liberté), ainsi que des écrits sur la « pastorale d'engendrement » avec Philippe Bacq (Une nouvelle chance pour l'Évangile et Passeurs d'Évangile), c'est surtout Le Christianisme comme style qui a retenu l'attention d'un public averti et a été salué comme une œuvre magistrale.
« Penser le christianisme comme style permet de ne pas le réduire à un contenu doctrinal, mais d'honorer l'ensemble de la vie chrétienne comme une manière d'habiter le monde », écrivait à son propos le théologien Laurent Villemin. Faire concorder la forme et le fond est en effet une priorité chez Christoph Theobald . Et c'est bien en ce sens qu'il réfléchit sur la transmission et la catéchèse, thèmes sur lesquels il est intervenu dans le cadre des Semaines sociales de France en 2005 et à Ecclésia 2007 à Lourdes. Cette année-là, il s'était aussi rendu dans une quinzaine de diocèses pour diverses conférences.
Car, tel l'apôtre Paul, le P. Theobald semble mû par un appel qui le dépasse. « Pour échapper aux permanentes menaces d'abstraction, l'Évangile doit être annoncé sur place, à hauteur des yeux et de la voix ! », aime-t-il affirmer. « Les naissances dans l'Église sont souvent imperceptibles », poursuit-il, citant la parabole de la graine de sénevé, où la plus petite des graines devient un grand arbre. « C'est parce qu'on a l'idée fausse de l'Église, qui serait complètement et définitivement constituée, que l'on perçoit sa situation actuelle comme une crise. »
Claire LESEGRETAIN
(1) Accéder à la source et L'Église dans l'histoire et la société. À paraître au Cerf, coll. « Unam sanctam ».
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