Des jésuites en Afrique
face au défi
du VIH / SIDA
Rencontre avec Elphègue Quenum, jésuite de la Province d'Afrique de l'Ouest, étudiant en théologie au Centre Sèvres, facultés jésuites de Paris
Elphège, vous étudiez actuellement la théologie.
Mais avant, vous avez passé deux années au Réseau jésuite africain contre le SIDA appelé AJAN (African Jesuit AIDS Network). Quand AJAN est-il né ? Pourquoi ? Quels en sont les objectifs ?
AJAN est né en juin 2002. L’idée de sa création a jailli après la Conférence Mondiale du SIDA à Durban en juillet 2000 où les jésuites d’Afrique ont éprouvé le besoin d’une réponse commune et coordonnée aux défis multiples et déconcertants posés par le VIH/SIDA. Le Réseau jésuite africain contre le SIDA (AJAN) a été créé par les supérieurs majeurs jésuites d’Afrique, dans cette optique, pour consolider, développer et multiplier les initiatives individuelles des jésuites. AJAN s’emploie à aider les jésuites, dans plus de 25 pays en Afrique, à répondre au VIH/SIDA de manière effective et évangélique, dans une dynamique de réseau, de partage des expériences et des réflexions
Comment vous apparaît ce défi du VIH/SIDA et quels facteurs vous
semblent favoriser l’expansion de la pandémie en Afrique ?
Le VIH/SIDA constitue l’un des défis majeurs multidimensionnels pour l’Afrique. Il fragilise les couches sociales actives et essentielles à la croissance socioéconomique de l’Afrique. Nombreux sont les facteurs de cette pandémie en Afrique. En premier lieu viennent la pauvreté, l’ignorance, la violence dans les conflits et l’absence d’une prise de conscience de l’aspect destructeur du virus. Il faut y ajouter la faillite des systèmes sanitaires et éducationnels, le chômage croissant, la faible nutrition, les préjugés, la discrimination et la stigmatisation.
Tout cela favorise l'expansion du SIDA qui représente un frein notable à l'éclosion économique de l'Afrique.
Quelle est la réponse des jésuites à la pandémie du SIDA
et comment se déploie-t-elle ?
Si AJAN apporte son appui et facilite la mise en place des initiatives, la lutte contre le SIDA est accomplie par les jésuites au niveau local, provincial et régional. Certains jésuites s’engagent dans cette lutte
comme leur principale mission tandis que d’autres s’y consacrent à temps partiel à travers les paroisses, écoles, médias, centres de retraite et maisons de formation. Les efforts incluent :
- la prévention à travers la sensibilisation et la formation morale surtout des jeunes
- les soins pastoraux et physiques par le ministère des malades, des mourants, la prise en charge et le soutien de ceux qui sont affectés tels que les veufs, les orphelins, les personnes les plus vulnérables.
- la lutte contre l’ignorance, la stigmatisation et la discrimination
- la promotion des droits humains et de la dignité des personnes vivant avec le VIH/SIDA et leur participation dans les ministères de l’Église
- le plaidoyer pour l’accès à la nutrition, aux soins et aux médicaments, en oeuvrant pour les changements sociaux et culturels nécessaires.
- la recherche et la réflexion à travers des publications diverses.
Les réponses les plus performantes sont très simples. Prenant en compte la situation socioculturelle des gens, les jésuites aident les membres les plus vulnérables à rester ensemble en famille : aider une grand mère à payer le loyer pour continuer à prendre soin de ses trois ou quatre petits enfants orphelins à la maison ou aider à payer les frais de scolarité des orphelins se révèlent être des actions d’une grande portée.
Quelques exemples
de vos initiatives
Mentionnons à titre représentatif
- “Nyumbani“,
une maison d’accueil et de soin
des orphelins infectés à Nairobi (Kenya) ;
- “Parlons-Sida“ à Kisangani (RDC),
le “Foyer Louis de Gonzague“ à Kikwit (RDC) qui ont des programmes de sensibilisation des jeunes, d’accompagnement et de soutien médical et nutritionnel des malades vivant avec le VIH/SIDA et dont la devise est “Connaître, Accompagner et Agir“ ;
- l’hôpital de Goundi (Tchad) qui joint aux soins médicaux un centre de nutrition des enfants ;
- le “Centre Espérance Loyola“ (ci-contre les photos) à Lomé (Togo) qui veut favoriser l’émergence d’une jeunesse et de familles sans SIDA.
Il faut ajouter les nombreuses publications des jésuites qui s’affrontent aux questions brûlantes des jeunes, notamment celles du CERAP d’Abidjan.
Quelle est la particularité de la réponse jésuite, pourquoi une réponse jésuite ?
La particularité de la réponse jésuite se situe au niveau de l’esprit de l’engagement des jésuites, un engagement qui est d’abord fondé sur les valeurs évangéliques d’amour, de compassion et de solidarité. La réponse jésuite place l’homme au centre de ses initiatives. Comprenant que le SIDA est non seulement une question médicale, mais aussi sociale, économique, politique et surtout de justice, les jésuites développent une approche intégrale au défi du VIH/SIDA. Les jésuites se sentent “convoqués“ par l’autre dans sa fragilité. Il va sans dire que cette réponse s’inscrit dans un programme général de l’Eglise catholique dans un esprit de collaboration
entre les différentes organisations ecclésiales qui amènent les chrétiens et les personnes de bonne volonté à s’impliquer dans la lutte contre le SIDA en Afrique.

AJAN lancé à la 8ième Assemblée panafricaine du MIEC