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Sessions de mi-année
au 1er Cycle
du Centre-Sèvres

2 - L'évangile façonne
la ville >
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Écologie : la création d'un vivre ensemble durable
« Moins de biens, plus de liens »

Je vais essayer de présenter quelques idées exposées pendant ces quatre jours...

« Les autres choses sur la face de la terre sont créées pour l'homme pour l'aider… » cf. Le Fondement des Ex. Spi n°23. Les défis écologiques circulent autour de ce thème des Exercices. Il s'agit d'arriver à une relation ordonnée entre l'homme et le contexte où il vit. Les enjeux écologiques sont d'envergure mondiale et pas seulement le résultat de la technique. Nos réponses doivent être aussi de nature spirituelle au sens large du terme. Dès lors que le changement climatique concerne tout le monde, il faut que tout le monde se mobilise pour affronter ces défis.

Les autres choses sur la face de la terre...

A l'époque moderne on a redécouvert, pour ainsi dire, la grandeur de l'homme par rapport au reste de la création. On considérait donc comme légitime d'utiliser les autres créatures pour améliorer la condition de l'être humain. Le reste de la création était considéré “sacrifiable” pour le bien de la race humaine. Nous sommes encore sous l'influence de ces idées, qui nous ont amenés à ne pas porter attention à ce contexte vital qu'est notre monde.

Heureusement aujourd'hui on commence à se rendre compte que le progrès et notre survie dépendent de la santé du monde. L'être humain n'est pas au-dessus de la création, il en fait intimement partie ; il est un produit du processus de l'évolution. En plus on découvre toujours plus la complexité et la fragilité des équilibres naturels. Il est vrai que la nature nous a surpris plusieurs fois en se montrant capable de réagir aux actions humaines. Nous avons donc commencé à croire qu'il faut respecter la nature sans trop se préoccuper des possibles effets des nos actions sur le monde. La communauté scientifique nous dit autre chose.

La situation

Les scientifiques nous disent que le climat, tel que nous le connaissons aujourd'hui, va sûrement changer et que si nous ne menons pas des actions importantes, et vite, les changements seront encore plus grands. Ils nous disent aussi que la source principale de ce changement est sûrement l'activité humaine. Ils parlent de réchauffement global de 2º C si nous prenons des mesures importantes, voire radicales ; et beaucoup plus si nous ne faisons rien, avec des effets beaucoup plus sérieux sur le climat.

En outre, certains effets du réchauffement accélèrent le processus. Par exemple, si les glaces de l'Antarctique ou du Groenland fondent, la terre exposée absorbera plus de chaleur solaire que la glace qui reflète beaucoup plus de rayons vers l'espace. Tout cela rend l'action à mener encore plus urgente.

Les éco-sceptiques

On trouve aujourd'hui des gens qui ne croient pas qu'il y ait un problème écologique, qui pensent que la communauté scientifique exagère. D'autres encore disent qu'on ferait mieux de s'occuper des pauvres de la terre.

Pour la première critique on doit vérifier qui dit quoi. Tous les scientifiques reconnus sont unanimes sur le fait qu'il y a, dès maintenant, un phénomène de changement climatique qui va continuer, dont la source principale est l'activité humaine. Il y a entre scientifiques des estimations différentes sur cette élévation de la température mais les plus conservateurs prédisent une situation déjà sérieuse ; la variabilité des prédictions est entre le mal et le pire, mais aucun expert sérieux ne nie le changement climatique.

En général la réponse aux défis écologiques demeure faible. On nous a expliqué que pour avoir une réaction importante il fallait exposer la situation dans toute sa gravité en y ajoutant la vision d'un avenir souhaitable ; sans quoi, c'est-à-dire sans espérance, on risque de tomber dans le fatalisme.

Les victimes

Maintenant, faut-il investir dans l'aide aux pays pauvres plutôt que dans la recherche climatique ? Nous ne serons pas tous affectés de la même manière par le changement climatique : ce sont les plus pauvres qui souffriront davantage, ceux qui ont le moins de ressources. Les modèles actuels prédisent qu'il y aura beaucoup de terres agricoles en Afrique qui deviendront désertes. Avec la montée de la température, le moustique qui transmet la malaria pourra se multiplier là où actuellement il n'arrive pas, par exemple en montagne. Mais le pire sera le manque d'eau qui pourrait déclencher des guerres et produire des réfugiés.

 

Il faudrait alors appliquer le principe du “ Maximin ” de John Rawls, c'est-à-dire maximiser la position et les bénéfices de ceux qui sont les plus défavorisés, au niveau mondial, et s'assurer que tous ont la liberté suffisante et l'accès aux ressources limitées de la planète. Il faudrait prendre toujours plus au sérieux l'option préférentielle pour les pauvres. Pas seulement au sens de leur donner priorité mais aussi de collaborer avec eux pour trouver des solutions novatrices. L'instinct de survie de l'homme le pousse à trouver des solutions quand il se trouve dans le besoin. Ces populations qui ont l'expérience de l'indigence acquièrent des capacités novatrices qui manquent à qui vit dans l'abondance. L'option préférentielle pour les pauvres, ce sera donc aussi de les mettre en condition d'utiliser leurs qualités pour le bien de tous. Il y a déjà eu des exemples de collaboration de ce genre.

Nos réponses

Les réponses sont de deux types : atténuation (en anglais mitigation ) et adaptation. Les premières visent à améliorer l'utilisation des ressources, par exemple en réduisant le gaspillage. Mais ça ne suffira pas et il faudra adapter notre mode de vie, notre relation avec la nature et entre nous. Une possibilité, c'est la promotion d'une économie de biens partagés, comme le Vélib à Paris, ou les projets open-source comme le système opératif Linux.

Faut-il attendre pour agir d'avoir des informations scientifiques plus sûres ? Il faudrait se référer au principe de précaution, c'est-à-dire que les risques sont assez probables pour que nous agissions maintenant pour les supprimer ou les réduire. Il faut y aller ; il vaut mieux allumer une bougie que maudire l'obscurité. Nous pouvons faire la différence.

Christopher VELLA sj – Province de Malte
(Communauté de la rue Raynouard – Paris)

 

 

2 -  L'ÉVANGILE FAÇONNE LA VILLE

Quinze étudiants et trois enseignantes du Centre Sèvres sont allés quatre jours à Amiens, hébergés au Centre Diocésain St François de Sales, pour la session « L'Évangile dans la ville : une passion d'humanité » qui cherchait à repérer comment l'Évangile façonne ceux qui le lisent et comment il imprime un style dans leurs relations quotidiennes. En partant de la base suivante : « L'annonce de l'Évangile se présente sous un double aspect : on y entend et lit ce qui est arrivé à Jésus, mais aussi et en même temps ce qui nous advient du fait de la rencontre de la Parole de Jésus. » (J.-Y. Baziou, La Parole partagée institue l'Eglise, Ecclesia 1, 2009).

André Dubled

En introduction à la session la réalité historique, sociale, économique et ecclésiale du département de la Somme et de la ville d'Amiens a été présentée par le P. André Dubled, curé de la Paroisse des Saints-Apôtres et une dame engagée dans la politique locale. Puis Odile Flichy est intervenue sur les jeux des Evangiles/Actes et leur portée ecclésiologique. D'ailleurs la session a été enrichie par la lecture (avec partage) du document de Christoph Théobald : « Lire les Écritures dans un contexte de mutation ecclésiale » Documents Episcopat 6, 2005.

Le groupe était divisé en cinq trinômes regardant chacun un lieu où l'Évangile peut construire des relations et façonner des vies : le quartier populaire d'Étouvie – une “grande” paroisse à cinq clochers, dont Étouvie – l'Évangile hors les murs (l'engagement pour du plus humain) – des groupes de lecture d'évangile – divers mouvements comme CVX ou l'Action Catholique (JOC, ACI, MCR).

L'église St-Paul

Voici quelques repères du quartier populaire d'Étouvie. L'église St-Paul a été construite en 1968, année pleine de mouvement social mais aussi ecclésial. La communauté du quartier a voulu malgré tout construire son église. Voici le premier fruit de l'Évangile dans cette communauté : le travail concret et optimiste dans une période très difficile. Les habitants du quartier sont allés jusqu'au bout : ils ont bâti une église basse, plutôt horizontale, sans colonnes, sans clocher, avec des portes vitrées pour accueillir les gens. Le récit de cette construction par un paroissien très engagé depuis le début était l'écho des paroles de l'évangile : « Ayez confiance…soyez sans crainte ».

Aujourd'hui après 42 ans l'Évangile continue de façonner les personnes et les relations d'Étouvie. La communauté est accompagnée par un curé qui confirme que la lecture de l'Évangile les aide à regarder et à écouter la vie. C'est grâce à la lumière de l'Evangile que le curé et son équipe approchent les gens pour ainsi créer des liens : ils ne cherchent rien d'extraordinaire, mais ils repèrent les choses de la vie, comme les services qui se rendent entre voisins, les malades du quartier ou les célébrations familiales, pour construire des liens et annoncer l'Évangile.

la Mosquée d'Etouvie toute proche de l'Eglise

Pour cette équipe animatrice toute rencontre est une chance d'engendrement de l'Évangile. Aussi privilégient-ils toutes les rencontres avec l'autre, chrétien ou pas. Dans la préparation des couples au mariage, évidemment, dans la catéchèse des enfants, dans les réunions de la JOC. Mais il y a aussi dans le quartier une présence musulmane d'origine marocaine très importante, avec même une mosquée à quelques mètres de l'église. Les relations avec l'imam et les dirigeants musulmans sont proches et fraternelles. Il y a un dialogue fluide et sincère depuis l'arrivée des musulmans dans le quartier ; et même au moment de la construction de la mosquée quand ils se sont servi de l'eau et de l'électricité de l'église St-Paul. La communauté musulmane d'Étouvie souhaite conserver de bonnes relations avec les chrétiens et partager les mêmes soucis par rapport à l'avenir de la jeunesse.

Par ailleurs, la dynamique de l'Église d'Étouvie est tournée vers le monde. Les laïcs et le prêtre n'attendent pas que ce soit le monde qui vienne chercher l'Église. Ils disent que c'est l'Évangile qui les ouvre aux autres. Ainsi sans aucun jugement, ils se lancent à la rencontre de l'autre sans tenir compte de la condition religieuse, politique ou sociale. Ce sont les Paroles de l'Évangile qui précédent toujours les rencontres avec les autres ; en conséquence, dit le curé, « l'Esprit nous précède dans le cœur de chaque personne que nous rencontrons ». Bref, c'est l'Évangile même qui motive toutes les rencontres.

Une autre chose à relever, c'est le local d'accueil : un appartement au rez-de-chaussée d'une grande barre HLM. S'y retrouvent des groupes divers, le conseil pastoral, et tous les après-midi une permanence d'écoute. Le nom de ce lieu, pas mis par hasard, est Salem. Salem, lieu de rencontre , comme Jérusalem ville de pèlerinage. Salem, lieu de partage , comme la ville de Melchisédech qui fournit du pain et du vin (Gn 14,18). Salem, lieu de paix ... Voici un lieu privilégié où l'Évangile façonne la vie de tous ceux qui y entrent.

De la même façon qu'à Étouvie, la présence de l'Évangile peut se remarquer dans les autres groupes. Chaque soir, soit par groupes de travail, soit tous les participants ensemble, on a partagé sur la journée écoulée, et on a pu faire la remontée finale avec le père Dubled et plusieurs acteurs des groupes visités. Par ailleurs la session a été aussi marquée par quelques moments de prière ensemble. Chaque jour on a prié avec un psaume et on a participé à l'Eucharistie dominicale. Ainsi étions-nous proches de la vie paroissiale, et même jusqu'à la fin de la session quand on a célébré avec la communauté d'Étouvie le mercredi des Cendres. Puis avec joie et austérité, on a partagé un petit “goûter” de carême avant de rentrer chez nous.  

Finalement, l'Évangile se trouve dans la ville. Il se trouve dans les liens et relations qui se construisent dans tous les groupes et avec les personnes rencontrées. Or c'est le même Évangile qui peut résumer la réalité de ces communautés et groupes qui sans cesse marchent façonnés par cette Parole vivante : elle est « semblable à du levain qu'une femme a pris et enfoui dans trois mesures de farine, jusqu'à ce que le tout ait levé » (Lc 13, 20).

Virgilio ARIAS SALAZAR sj – Province de Colombie
(Communauté de la rue Raynouard – Paris)

 

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Voir aussi :

> Principe et Fondement au début des exercices Spirituels de Saint Ignace de Loyola

> La Compagnie de Jésus et l'écologie

> L'école de l'évangile à Amiens

> Science, Foi, Sagesse Faut-il parler de convergence par François Euvé

> Les rencontres de formation de l'année 2009

> Le Centre Sèvres

> Jésuites en six clics

> La formation jésuite

> Les communautés jésuites

> Portraits des Jésuites dans le monde