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Deux rencontres
Video tournée par
Fadi Georges (communauté de Vanves) Comment le rassemblement annuel des scolastiques aurait-il pu être plus en phase avec la culture contemporaine qu'avec le thème de cette année : « le Web et nous » ? En effet – on ne peut guère en douter – l'émergence de l'Internet compte parmi les phénomènes les plus marquants des dernières décennies. Ceux qui y ont accès – n'oublions pas qu'à échelle mondiale, il ne s'agit que d'une minorité – ont peut-être expérimenté comment la Toile pénètre les esprits, informe nos façons de nous rapporter les uns aux autres. On éprouve le sentiment renforcé de n'être plus soumis aux limites ni de temps, ni d'espace : outre l'e-mail habituel, les « réseaux sociaux » comme Twitter, Facebook et autres, permettent d'échanger des photos, des vidéos, voire des réactions, « en direct » sur ce qu'on est en train de faire. Grâce au Web, je ne dois plus charger ma mémoire, ni gaspiller mon temps plus que nécessaire : Google m'épargne tout détour par la bibliothèque. Et qu'est-ce qu'on ne m'offre pas comme plateforme d'expression, comme moyen de satisfaire ma curiosité sur l'actualité, etc. ? Le Web séduit, et comme sur une vraie toile d'araignée, on peut s'y perdre. Si un outil a envahi le monde à un tel point, comment ne pas s'interroger sur sa prétendue neutralité ?
Lors de notre rencontre à Versailles, le témoignage de M. Alain Leprince, cadre à Poclain Hydraulics, nous a bien montré les changements introduits par l'Internet, du moins au niveau de l'entreprise : un projet peut être repris à n'importe quel endroit du globe, ce qui permet de continuer le travail 24 heures sur 24 ; la facilité de communication avec les clients ou entre les différentes branches de l'entreprise dans le monde. Mais aussi toutes les ambiguïtés : l'augmentation du stress. Des dispositifs considérables mis en place pour surveiller ce qui est communiqué, pour se protéger contre toute attaque de la concurrence. Une ambiance de travail qui peut être facilement polluée par un mèl pernicieux ou simplement maladroit. La mise en place d'un code de conduite est donc nécessaire !
Mais le cœur de notre rencontre à Versailles se situait à un autre niveau qu'à l'horizon des changements mondiaux ; plutôt à l'autre bout du câble, à un niveau plus intime : l'étudiant jésuite devant son écran, dans la salle d'Internet de la communauté, ou même dans sa chambre, en dehors donc de toute visée apostolique – le rayonnement, du moins en termes quantitatifs, des sites web comme Notre-Dame du Web ou Pray-as-you-go est trop évident.
Pour beaucoup d'entre nous, c'était la première fois que nous pouvions partager autour de ce thème, qui est sans doute le plus actuel pour notre génération. Réflexion personnelle, partage en petit groupe, témoignages, débat : le comité d'organisation, constitué de Jairo Bayona (Colombie), Mark Cachia (Malte), Pierre Hong (France) et Romain Subtil (France) nous a donné amplement l'occasion de mesurer la place du Net dans notre quotidien. On a pu faire l'histoire de son usage : quand est-ce que j'ai commencé à utiliser l'Internet, et y a-t-il eu depuis évolutions dans l'utilisation que j'en fais ? A quel point l'Internet est-il devenu indispensable dans ma vie ? La question était posée des rapports entre usage du Web et vie communautaire. Car on s'est rendu compte que passer son temps devant le Net risque de créer une bulle d'amitiés et d'intérêts virtuels au détriment de la vie communautaire. Le débat enfin sur le sujet « Notre manière d'ordonner la pratique d'Internet » a dévoilé un nombre de pistes à poursuivre : une réflexion éthique sur le Web ; l'Internet et la vie spirituelle…
Mille rencontres virtuelles ne peuvent remplacer une vraie rencontre. La réunion de Versailles a donc eu bien raison de nous faire sortir de notre bulle. Même par temps de grandes fluctuations, il y a des certitudes : telles les sorties de la deuxième journée. Le château et le potager du Roi sont des classiques, mais la nouveauté du jour était la visite de la grande ferme laitière de Viltain près de l'Ecole des Hautes Etudes Commerciales (HEC). Un grand merci à nos amies les vaches pour ce retour salutaire à la nature ! Walter CEYSSENS
2 - Journée des étudiants jésuites « Dis donc, ils ont pris les deux extrêmes ! » C'est la remarque que m'ont faite deux scolastiques, quand ils ont appris que j'avais été invité, avec Vincent de Beaucoudrey, à lancer un débat sur « le prêtre jésuite », lors de la rencontre des scolastiques de notre province. C'est dire combien un échange sur le thème du sacerdoce, parmi les jeunes jésuites français, constitue un lieu conflictuel… un lieu du moins où les identités sont censées s'affirmer de manière forte, tranchée, voire opposées. Il est vrai que les échanges que nous avons eus ont mis en avant de telles oppositions, qui touchent – au-delà de la Compagnie – à la vision que chacun de nous peut avoir : que représente un prêtre dans l'Église ? La Compagnie propose-t-elle un modèle spécifique ? Et bien sûr, quoique le débat sur la place des frères n'ait pas été à l'ordre du jour : comment comprendre l'expression de corps sacerdotal, et quel est le sens pour un jésuite d'être ou de ne pas être prêtre ? Mais ce qui fait l'intérêt propre d'une telle rencontre, c'est que, pour la plupart d'entre nous, la question du sacerdoce n'a pas été définitivement tranchée. Une première chose qui apparaît, dans les partages, c'est à quel point une réflexion théorique ou institutionnelle sur le prêtre jésuite est peu à même de répondre aux questions que nous nous posons, individuellement, et qui renvoient plutôt à une interrogation éminemment personnelle : à quoi suis-je appelé ? La vocation de jésuite passe-t-elle, pour moi, par le fait d'être prêtre ? De ce point de vue, aucun débat ne peut finalement remplacer le questionnement personnel. Il est néanmoins apparu que les formateurs – en premier lieu le Maître des novices et le Provincial – avaient un rôle particulier à jouer à cet égard : ne pas aborder cette question, ou laisser les jeunes jésuites dans le flou à son sujet, montre à mes yeux que le questionnement qui est le nôtre reflète, pour une part, un certain refus de nos supérieurs de prendre position, dans un débat qui touche profondément le rapport de chacun à l'Église.
A titre personnel, cette rencontre m'a donné l'occasion de réfléchir de nouveau à la question du sacerdoce. J'ai ainsi découvert que, pour moi, le fait d'entrer dans un corps sacerdotal impliquait une disponibilité pour être ordonné prêtre si le besoin s'en faisait sentir, et en même temps le fait que mon être jésuite ne s'était pas constitué autour de ce point déterminé : que je sois prêtre ou non, j'aurai conscience de travailler au même titre à la mission sacerdotale de la Compagnie. Mais une telle position, considérant le sacerdoce ministériel comme une sorte d'évidence, représente un « extrême » dans nos générations. L'autre extrême, qu'on pourrait qualifier au contraire d'inévidence du sacerdoce, s'exprime de la manière suivante : « Il est beaucoup trop tôt, à la fin du noviciat, pour choisir si on pense demander à être ordonné un jour,». Entre ces deux visions, il serait vain de chercher un juste milieu… En revanche, elles forment l'une des tensions qui seront constitutives, dans les années à venir, de notre manière de former un corps sacerdotal. Pierre MOLINIÉ,
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Jésuites : serviteurs
de la mission du Christ - © Compagnie de Jésus |