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Rencontre des jésuites en formation
en France
28-30 octobre 2006, à Versailles

95 jésuites de plus de 32 pays différents


Le point de vue d'un jésuite libanais

Il serait compréhensible, voire souhaitable, qu'un jésuite en formation qui assiste pour la première fois – ce qui est loin d'être un détail insignifiant – à la rencontre des scolastiques (terme désignant les jésuites en formation) en France, évoque le caractère universel de la Compagnie de Jésus , l'union dans la diversité des appartenances (95 scolastiques de 32 provinces différentes : c'est une des premières informations qui nous furent données), l'appartenance à un seul corps unifié autour du Christ et respectant les particularités des différents membres.

J'aurais très bien pu parler de cela – sujet parfaitement “légitime” si j'ose dire – et c'est effectivement le premier sujet qui m'est passé par la tête ! Peut-être par désir de me démarquer – qui sait ? –, c'est de la rencontre personnelle avec l'autre que je vous parlerai, l'autre différent certes, mais semblable aussi. Je vous parlerai de cette rencontre qui s'est esquissée au fil des rencontres collectives et qui les a sous-tendues.

Cet autre est un scolastique comme moi, jésuite aussi comme moi, se préparant au sacerdoce, à une vie consacrée pleinement et totalement à la suite du Christ, source et but de son engagement, de sa vocation, comme moi. Ébloui par la personnalité extraordinaire de ce Jésus de Nazareth, il part à sa suite et tente de le rencontrer, dans un premier temps, dans la prière et des expériments qui lui permettent d'approfondir la spiritualité ignatienne qu'il a choisie pour aller à la suite du Christ. Puis, dans un second temps, à travers des études qui en appellent sans cesse à sa raison et à son intelligence, il “rationalise” son engagement, il classe ses différentes expériences spirituelles, apostoliques, où il va à la rencontre de ce Christ qu'il a retrouvé (ou non !) préalablement dans la prière.

C'est un parcours qui ressemble au mien : le noviciat, la grande retraite, les études… c'est une expérience commune entre tous les jésuites, entre tous les scolastiques que j'ai rencontrés pendant ce week-end. Par-là, oui, nous nous ressemblons ; et pourtant chacun de nous a écrit, entre ces grandes lignes, sa propre histoire au sein de la Compagnie de Jésus, sa propre aventure. Et ce sont ces aventures différentes qui se rencontrent, et non le cheminement commun. Ce qui intéresse un Canadien par exemple chez un Burundais, ce n'est pas ce qu'ils ont en commun, mais ce qui les sépare, ce qui fait qu'ils sont différents ! C'est ça le mystère de la rencontre !

Pendant ce week-end, ce sont les différences qui se sont rencontrées, qui se sont frottées peut-être, pour dégager une belle symphonie, au risque de quelques fausses notes ! Pour moi qui viens d'un monde différent, d'une culture différente et donc d'une façon de voir le monde et de le lire radicalement différente, d'une liturgie différente et donc d'une manière différente de concevoir Dieu, j'ai pu trouver ma place au sein de ces autres “différences”. Une place qui n'est pas assurée par une constitution ou par une loi, mais par une ouverture et un accueil senti chez tous ceux avec qui j'ai discuté. Il est vrai que ces discussions n'ont pas toujours été très profondes, mais elles étaient toujours signe d'une rencontre profonde avec l'autre symbolisant un esprit d'ouverture très développé.

Je termine en remerciant tous les compagnons avec qui j'ai eu la chance de discuter, notamment ceux qui se sont intéressés à la situation du Liban : je vous en remercie cordialement, votre amabilité ne cesse de me toucher !

Jad CHEBLY (Proche-Orient – Blomet)

L'apostolat spirituel en France

Le point de vue d'un jésuite français

Après les deux jours de rencontre pour tous les scolastiques présents en France, le lundi 30 octobre une journée de réflexion sur l'apostolat spirituel réunissait les scolastiques français, soit 34 étudiants et 4 novices.

La journée fut principalement informative. Le matin, Daniel Régent nous a décrit les différentes facettes du ministères des Exercices hors les centres spirituels en France : des Coteaux Païs aux équipes diocésaines de formation spirituelle en passant par les propositions du Hautmont, à Lille, pour des populations du Quart-monde.

Apostolat qui est un pont possible entre la vie religieuse et la vie diocésaine. Car les évêques sont demandeurs, d'une part, d'accompagnateurs pour les laïcs impliqués dans l'église locale, et d'autre part, de réponses à un nouveau public (recommençants, catéchumènes) qui ne trouve pas son compte dans la célébration dominicale. Ce qui implique que les équipes d'apostolat spirituel soient officiellement reconnues par l'évêque du lieu.

Enfin Daniel nous a décrit le terrain, caractérisé par l'itinérance et ayant pour but d'aider à une rencontre personnelle avec le Christ. Ensuite les formules sont multiples, allant des écoles de prière d'une semaine à des parcours accompagnés de 5 semaines. Il n'en reste pas moins que ce ne sont là que des initiations. La difficulté d'évoquer le péché, pourtant si présent dans les Exercices, en est un bon exemple. Daniel a terminé en évoquant la joie des participants de se sentir appelés par le Christ et la conversion des rapports prêtres–laïcs que de telles propositions pouvaient engendrer.

Après cette riche matinée, le déjeuner fut un temps de détente apprécié et l'occasion de partager sur nos activités respectives (1). Juste le temps d'une petite sieste et nous étions repartis pour une après-midi avec Arnaud de Rolland sur les enjeux d'un centre spirituel aujourd'hui.

Avec 11 500 journées/retraitants, une moyenne d'âge des retraitants de 41 ans et 170 propositions différentes pour l'année 2004-2005 (contre 75 en 87-88), le centre spirituel Manrèse est une maison qui bouge. Encore est-il besoin d'en préciser les orientations pour l'avenir. Parcourant les propositions du centre, ses relations avec les autres centres et avec les jésuites, il a pointé les écueils à éviter, les points d'attention à avoir, et présenté quelques-unes des grandes dynamiques actuelles :

1- De plus en plus, Manrèse fait face à des demandes de retraite à la carte, dont on prévient presque la veille pour le lendemain. Cela suppose chez les accompagnateurs une très grande flexibilité et donc une expérience forte. Deux points d'attention se dégagent :

  • former les accompagnateurs et leur savoir-faire, notamment par la supervision.
  • veiller à travailler en équipe, le service à la carte pouvant favoriser l'individualisme.

2 - Le centre Manrèse est reconnu pour ses week-ends de fiancés. C'est un héritage qu'il a fallu re-choisir :

  • En renonçant par exemple à accueillir des familles ou des groupes de jeunes.
  • En développant la formation des accompagnateurs et en proposant une suite à ces week-ends, comme par exemple une session « Se redire oui devant Dieu ».

3 - Pour ce qui est du travail avec d'autres centres spirituels, travaillons main dans la main avec les centres jésuites ; mais si certaines choses sont possibles avec le monde ignatien, il faut veiller à ne pas s'éparpiller dans tous les sens sous peines de s'épuiser. Dans le même sens, les jésuites sont invités à s'investir de préférence dans les centres spirituels jésuites.

4 - D'une manière générale, Arnaud insiste sur l'importance de répondre aux sollicitations et de ne pas s'épuiser à essayer de créer une demande : l'esprit souffle, sachons être à l'écoute et mettons-nous à son service.

François Xavier DUMORTIER a conclu la rencontre en nous donnant quelques nouvelles de la province puis, revenant sur les deux interventions de la journée, il a insisté sur la proximité que chaque jésuite doit avoir avec les Exercices Spirituels, nous rappelant aussi qu'il est dit dans les Constitutions que « tous s'habitueront à donner à d'autres les Exercices Spirituels sous la conduite de quelqu'un de plus expérimenté » [108 §4]. Et après avoir célébré ensemble, nous sommes partis heureux, vers quelques jours de vacances.

Hervé NICQ (Communauté de Blomet)

(1) Je profite de ce que “j'ai le micro”
pour vous informer qu'un jésuite en formation répond
à toutes vos questions existentielles
le mercredi soir à 20h30 sur Radio Notre-Dame 100.7


Voir les rencontres des années précédentes : 2004 2003 2001 2000

 

 

Voir aussi :

> Présentation des derniers à avoir fait leurs voeux

> Jésuites en six clics

> La formation jésuite

> Les communautés jésuites

> Portraits des Jésuites dans le monde