| Dans les locaux de
l'ICAM, ce fut une surprise de découvrir un vaste réseau
ignatien qui se déploie bien au-delà des frontières
traditionnelles des centres spirituels et qui est apparu là
dans sa diversité : sur 120 convives,
70 étaient jésuites, 3 prêtres diocésains,
30 religieuses, 20 laïques. |
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Tous se trouvaient conviés
à l'initiative des supérieurs de la Compagnie, désireux
d'avoir une image un peu fidèle du
travail des Exercices conduits par une insaisissable diversité
d'acteurs. J-N Audras l'a bien confirmé en ouverture
: il souhaitait que l'on repère de façon précise
le paysage actuel des Exercices.
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C'est dans cette intention que
fut élaborée une enquête
par un quatuor très méritant de jésuites
qui ont courageusement consenti à " essuyer les
plâtres ". Je crois que l'expression n'aurait pas
déplu à l'un des quatre, Géraud Geneste,
dont le souvenir fut très présent chez beaucoup
de participants. L'enquête et toutes ses questions fut
lancée comme autant de bouteilles à la mer. Elle
a ramené beaucoup d'acteurs mais pas beaucoup de résultats
significatifs et exploitables. Tant et si bien que, passé
le premier moment tonique, j'ai ressenti pour ma part une vraie
déception, - disons dans le jargon de la tribu - une
vraie désolation. |
J'ai été quelque peu
rasséréné lorsque j'ai
entendu l'expert sociologue démonter très minutieusement
tous les pièges dans lesquels l'enquête était
tombée et expliquer qu'ainsi les résultats ne pouvaient
qu'être approximatifs, faussés, insignifiants. Bien
entendu ce verdict sans complaisance fut donné aussi amicalement
que doctement, avec sympathie et humour...
| Il est bien vrai que l'enquête
en ciblant la pratique des exercices de 8 jours a laissé
dans l'ombre l'effort sans doute le plus
inventif, celui des exercices dans la vie, celui des
exercices de plus courtes durées, 3 ou 5 jours, des week-end.
Rien non plus n'est ressorti sur " les manières
" dont sont proposés les huit jours : quelles étapes
des Exercices d'Ignace y sont-elles privilégiées,
suivant qu'il s'agit d'élection, de recommençants
de la vie chrétienne, de renouvelants des exercices ?
A propos des 8 jours, on est vraiment resté sur sa faim,
y compris, je crois, dans les échanges en petits groupes,
pourtant très vivants. |
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Ce sont les exposés de quelques
intervenants qui ont aidé à prendre de la hauteur
par rapport à une enquête trop en rase-mottes. Témoignages
plus qu'exposés magistraux. André Costes a retracé
les étapes de la récente réappropriation
des Exercices par la Compagnie, en rappelant que le retour
aux sources ignatiennes avait été parallèlement
la marque des Congrégations Générales depuis
la 31ème Congrégation Générale. Jacques
Buisson a révélé un beau visage de l'accompagnateur
plein d'attention, de respect , d'humilité. Il m'est
apparu comme l'anti-figure du directeur chevronné (celui
de la légende) menant sa retraite tambour-battant. Christine,
une jeune sur, a dit comment elle avait trouvé la
pleine mesure de sa vie de femme et de religieuse dans ce
ministère et en même temps elle a fait un appel aux
anciens pour la transmission de l'expérience des Exercices.
Philippe Charru nous a fait décoller de l'approche trop flottante
de l'enquête en posant quelques questions, entre autres, celles-ci
: qui appelle à ce ministère ? qui
authentifie la capacité à accompagner ? les
huit jours ne sont pas un en-soi ; peut-on les séparer des
autres formes ? où en est-on du travail théologique
sur les Exercices initié naguère par les Fessard,
Bernaert, Rahner, Certeau ? l'accès à l'univers symbolique
est en déficit dans notre culture, qui uvre pour ouvrir
cet accès ? transmettre les Exercices n'est pas qu'affaire
de savoir et de pratique, c'est un style, un senti, une vie partagée,
comme entre un maître et un disciple ; où trouver ce
maître ?
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Pour donner un aperçu de
l'excellent climat d'ensemble, ce qui m'est apparu ressortir,
c'est la compétence, le dynamisme,
la volonté de faire du neuf, dans un langage et
une culture de notre temps, chez les jeunes femmes de l'assemblée
(laïques ou religieuses). Elles ont pris la parole, elles
ont questionné, elles ont suggéré, elle
n'ont pas craint dans ce symposium de sages, de dire leur conviction.
Par rapport à elles, les jeunes jésuites m'ont
paru moins marquants, peut-être trop impliqués
dans l'animation. Tous ces jeunes ont alerté l'assemblée
sur l'importance de la transmission. |
On apprend d'un autre à donner
les Exercices, tout comme on les reçoit d'un autre lorsqu'on
les fait. D'oû la question qui est devenue le bouquet final
: ne faut-il pas favoriser localement et régionalement des
équipes travaillant ensemble et donnant ensemble les Exercices?
Comment ne pas s'orienter vers une forme de réseau ignatien
coordonnant et authentifiant cette tradition qui se présente
après 40 ans de travail, ferme, riche et prometteuse pour
l'avenir de l'Eglise ?
Antoine Malescours, sj |