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Il y a un an, le père Provincial me demandait d'aller vivre dans la communauté de Bordeaux et me confiait une mission au collège Saint-Joseph de Tivoli : un premier mi-temps à l'aumônerie des 6 ème et 5 ème qui s'occupe de 500 élèves, et un autre mi-temps à l'internat qui abrite et soutient 100 lycéens. C'était pour moi le retour à l'école après quinze ans passés loin des cours de récréation, des cours de mathématiques ou d'anglais, retour en des lieux dont j'avais oublié les odeurs, les bruits, les joies et les tensions d'une jeune humanité en pleine genèse. Comme Ignace, je me retrouvais sur les bancs de l'école à faire mes premiers pas de compagnons de Jésus en mission. De cette aventure de régent, je voudrais partager trois aspects.
Recevant 2.000 élèves depuis l'école jusqu'aux formations post-bac, employant plus de 100 professeurs et une vingtaine de personnes pour l'administration et la maintenance, Tivoli est un paquebot. C'est la découverte du monde de l'éducation avec ses visages et personnalités différentes qu'un même projet éducatif tente de réunir. C'est la découverte de personnes qui ont déjà une histoire, une expérience dans cette tâche éducative. Placé à l'aumônerie et à l'internat, c'est sous le signe de l'écoute, de la patience que ma première année s'est ouverte pour y distinguer les appels et contribuer à y répondre. Loin du Centre Sèvres, des communautés parisiennes de formation remplies de jeunes philosophes / théologiens en herbe, cet envoi vers le monde de Tivoli me rappelle l'envoi d'un François Xavier aux portes du Japon. Il faut y éprouver l'histoire propre de l'institution, y affronter l'éloignement vis-à-vis de l'Eglise, consentir à ne pas saisir immédiatement les choses, accepter d'entrer dans une écoute et une action patiente. Des projets ont ainsi vu le jour en fin d'année. En même temps qu'il m'est donné de découvrir cette communauté, c'est aussi à la Compagnie que j'adviens et me découvre. Placé, un parmi les autres, dans l'œuvre éducative de la province, j'y éprouve davantage ce qu'est le corps de la Compagnie. Cela se traduit pour moi par un intérêt nouveau ou renouvelé pour ce que font les autres, par un désir de travailler avec eux, de collaborer à bâtir et innover un chantier que la Province souhaite engager dans l'enseignement. J'y ai mieux perçu ce que l'Esprit missionnaire génère dans et entre les compagnons.
Enfin si, initialement, je ne désirais pas trop me tenir en ces lieux où, selon les textes fondateurs, Ignace souhaite que l'on « enseigne la doctrine chrétienne aux enfants », je reconnais les fruits et l'étonnement que donne cet apostolat. Car s'il faut se “coltiner” une jeunesse qui bouge en tout sens, de manière désordonné parfois, et parfois de manière dérangeante, décourageante ou déconcertante, elle exige de nous une parole que le Christ des Évangiles nous apprend. Car somme toute demeure, par delà le dénuement que l'Eglise traverse actuellement dans l'annonce de la foi, l'espoir et la joie de reconnaître, d'accompagner et de soutenir le passage d'êtres vivants en germe.
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Jésuites : serviteurs
de la mission du Christ - © Compagnie de Jésus |