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Aumônier d'étudiants
Retour d'expérience
et questions…

Alexis DOUCET

Faire sa régence à Lille comme aumônier de l'ICAM (voir note plus bas), quoi de plus naturel pour un jésuite ! Les liens qui unissent cet établissement et la Compagnie remontent en effet à la fondation de l'école. Des générations de jésuites ont accompagné la réussite de l'ICAM. Les aumôniers aussi se sont succédés. C'est dans cette longue histoire commune que j'ai trouvé une place.

Situation

J'ai 30 ans. J'ai en face de moi des jeunes de 17 à 23 ans. Ce sont en majorité des garçons, de culture et de foi chrétienne pour la grande majorité d'entre eux. En apparence, la tâche d'aumônier s'annonçait facile. Dans les faits, ce ne fut pas si simple. Les jeunes, bien que bienveillants à mon égard et à la proposition chrétienne, furent longs à apprivoiser. Il m'aura fallu du temps, beaucoup de temps pour y parvenir.

Mon action

C'est à la résidence des étudiants, la fameuse Maison des ICAMs (MI) (où j'assurais une présence les mardis, mercredis, jeudis et dimanches soir de 20h30 à 23h environ) que l'essentiel de mon activité d'aumônier s'est déroulé. A l'espace Clic-clac, lieu devenu légendaire pour ses deux canapés clic-clac et ses fraises Tagada, peu à peu des liens se sont noués. Rires et fous rires, pleurs parfois, conversations sérieuses ou plus légères, confidences, sont devenus le quotidien de mes soirées.


Avec les étudiants que je rencontrais, mon souci d'aumônier et de jésuite était double. Devant tant de richesses et de talents, l'inquiétude me gagnait parfois de les voir mal les utiliser et mal les ordonner. Je crois les avoir souvent invités à oser « penser en grand », pour eux-mêmes comme pour les autres. A 20 ans, on rêve plus qu'on n'ose vraiment. Cela m'a beaucoup frappé ! Mon souci était donc, d'une part, d'inviter à penser grand, et d'autre part, d'interpeller à oser cette fois-ci l'engagement et la foi. Dure tâche que celle-ci, la plus dure certainement de mon activité d'aumônier car la plus délicate.

A l'ICAM la tâche d'aumônier a pris des visages bien différents. De formateur à éducateur et d'éducateur à conseiller, j'ai souvent oscillé. Formateur à la Formation Humaine, en dehors des cours j'avais souvent un rôle d'éducateur ou de conseiller. J'aime l'image de la colonne vertébrale pour parler de mon action. Sans colonne vertébrale, l'homme ne peut tenir debout, sans colonne vertébrale intérieure, aucun homme ne peut affronter le monde.

Eléments de réflexion

Etre aumônier est une expérience assez unique qui n'est pas sans joies. C'est aussi une expérience un peu ingrate. L'aumônier est souvent seul dans sa tâche. Il doit beaucoup patienter avant de voir son action se concrétiser. Aujourd'hui, la manière dont la pastorale étudiante est envisagée me pose question. Beaucoup d'énergie est dépensée pour un résultat bien maigre. A l'ICAM, sur 800 jeunes j'en touchais à peine une vingtaine. La proposition aumônerie est en crise mais c'est une crise qui j'espère inaugurera d'autres manières de vivre et d'envisager la pastorale.

Il me semble que la tendance actuelle à substituer aux aumôniers des équipes pastorales associant, sur un pied d'égalité, prêtres, laïcs en responsabilité et étudiants va dans le bon sens. L'ICAM de Lille en a pris le chemin et c'est bien. Face aux enjeux de la transmission de la foi, que l'aumônier ne soit plus seul, c'est mieux. Mais l'essentiel reste à faire, et beaucoup encore à inventer pour rendre attractives la foi et la pratique chrétienne.

Impressions finales

L'ICAM est une école belle des visages de tous ces hommes et femmes qui la font vivre, qui y travaillent ou étudient. Je dois dire , en ce qui me concerne, que ce sont ces visages rencontrés, ces regards croisés, qui m'ont rendu le plus heureux pendant ces deux ans. On ne peut être aumônier, ni jésuite au fond, si l'on ne développe pas cette passion de l'homme, dans sa beauté comme aussi dans sa souffrance. La fragilité des jeunes – ou moins jeunes – rencontrés m'a souvent ému : être aumônier pour moi aura été de partager ces fragilités, qui finalement rejoignaient les miennes.

 

L'ICAM, Institut Catholique d'Arts et Métiers, est une école d'ingénieur présente à Lille, Nantes et Toulouse. Le groupe ICAM comprend aussi l'IST qui forme des ingénieurs par l'apprentissage. Il est aussi présent à la Roche-sur -Yon ainsi qu'à Vannes ; ce qui forme en France un ensemble de 7 établissements où œuvrent une petite dizaine de jésuites.

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Pour en savoir plus :

> Qu'est-ce que l'ICAM ?

> Alexis Doucet sur Roc FM

> Du "Club Med" aux "Deux rives"

> En stage d'immersion au CISED de Saint-Denis