Retour à la page d'accueil
compagnons > Congrégation des Procureurs > 68ème > allocution
spiritualité
C'est quoi ?
Ignace de Loyola
François-Xavier
Exercices Spirituels
compagnons
Communautés
Rencontres
Portraits
Nos 5 préférences
devenir sj
Récits
Jeunes jésuites
Vocation
Noviciat
Les derniers nés
missions
Culture
Jeunesse
Sciences
Vie spirituelle
Foi et justice
Hors frontière
Eglises
histoire
Chronologie
Par thèmes
Jésuites du XXe
Saints
sites internet
Jésuites
Chrétiens
Surprises
Site du mois
forums

Nous écrire

 
Extraits de l'allocution finale
du Supérieur Général des Jésuites

(68ème congrégation des procureurs - septembre 1999)

Il y a un aspect de la lettre post-synodale qui nous dérange peut-être en tant que jésuites. En effet, le document fourmille d'expressions telles que signe, témoin, témoignage et visibilité. On y trouve aussi en abondance des verbes comme exprimer, rendre visible, rendre reconnaissable, manifester. Jean-Paul Il pousse la vie consacrée à proclamer avec éloquence sa splendeur et sa beauté car elle est le "miroir de la beauté divine" dans un monde défiguré et laid, mais cependant hypersensible au langage des signes et des symboles, des images que diffusent les tout-puissants mass-media.

Ainsi, notre vie consacrée serait plutôt de l'ordre du signe car par leur nature eschatologique, les voeux signifient que la terre n'est pas le dernier mot; plutôt de l'ordre du témoignage existentiel, car en contestant le présent et en attestant 1' "eschaton" ils sont une preuve vivante et visible qui manifeste que Dieu est le seul Dieu.

En écoutant les délibérations de cette congrégation des procureurs et en lisant les rapports, ne doit-on pas honnêtement aboutir à la conclusion que cet appel à devenir pour le monde "le miroir de la beauté divine" semble, au premier abord, assez utopique et que de toute manière il semble dépasser nos capacités et peut-être nos goûts. Un peu partout dans le monde, les gens ne saisissent nullement le message de notre vie consacrée et passent à côté de ces signes de la sainteté chrétienne en acte sans les voir, sans les apercevoir ou sans les saisir correctement. Nous luttons tous pour exprimer le signe de la pauvreté, même dans les communautés les plus pauvres. Nous savons combien le "spirituel" peut être ambigu, et il s'en faut beaucoup que l'obéissance chrétienne brille comme un signe de maturité spirituelle et humaine. Les communautés qui témoignent de la communion dans l'Esprit ne sont pas légion et la chasteté dans toute sa radicalité demeure pour beaucoup de gens suspecte.

Sans soulever explicitement ces interrogations, Jean-Paul Il choisit sans équivoque la lumière. "On n'allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau; au contraire, on la place sur un chandelier d'où elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison". Ce choix fait dans la foi est conscient que "la lumière luit dans les ténèbres et que, malgré tout, les ténèbres ne l'ont point comprise".

Ce choix semble écarter toute spiritualité d'enfouissement - celle du sel qui disparaît et se perd complètement dans la terre dont il assure quand même la fécondité. Est-ce un désaveu à l'égard d'un apostolat qui utilise des médiations aussi pesantes que certaines institutions ou des engagements sociaux; des mouvements ou des projets culturels qui ne laissent pas transparaître la motivation chrétienne qui justififierait leur existence ? Est-ce un refus d'un apostolat qui ne veut pas dire son nom ? C'est une problématique que nous connaisssons bien et qui travaille les jeunes générations. Guidés par saint Ignace qui, selon Nadal, nous veut contemplatifs aussi en pleine action, essayons de donner une explication à ce problème.

D'abord, tout en demandant une visibilité, une transparence de notre raisoh d'être compagnons de Jésus, - sans réserves et sans ambiguïté - l'exhortation post-synodale n'incite nulle part à des campagnes publicitaires, à des manifestations en vue d'une efficacité pratique. Elle se refuse explicitement à mesurer la qualité de notre vie consacrée en fonction de ce qui, humainement parlant, est utilitaire et producteur. Au contraire, elle insiste sur la surabondance de gratuité et de don généreux de soi dont témoignera une vie consacrée qui porte aujourd'hui le don du Christ à un monde que séduisent l'accomplissement humain egocentrique, le luxe et la vie confortable, un monde qui applaudit au prestige, au pouvoir et à l'autosuffisance (CG.34, n.539).

Dans les Constitutions, saint Ignace revient plusieurs fois sur l'importance du témoignage de la gratuité. Il n'y cite pas beaucoup l'évangile, mais il revient sur la parole "donnez gratuitement ce que vous avez reçu gratuitement". Des impératifs d'ordre économique nous ont fait renoncer à plusieurs formes de gratuité financière, mais avec la liberté que les voeux nous assurent le don de soi volontaire et énergique, à l'intérieur ou en dehors d'une institution, est un témoignage du Seigneur qui parle. Le Bon Samaritain n'avait pas à se soucier de son identité: la gratuité chrétienne de ses gestes était un témoignage lumineux.

D'autre part, en tant que compagnons de Jésus, nous ne sommes pas appelés à ces ruptures tranchantes avec la culture ambiante. Notre vocation n'est pas monastique mais apostolique. En aimant comme le Seigneur ceux qui sont au coeur du monde, la vie consacrée apostolique emprunte le détour de la quotidienneté de la vie humaine, avec ses fragilités et ses pesanteurs, afin qu'en pleine condition humaine "les merveilles de Dieu se manifestent".

Il est vrai que l'exhortation post-synodale se situe aux antipodes d'une spiritualité d'insertion totale ou d'enfouissement radical; mais elle ne préconise pas pour autant une spiritualité désincarnée ou, il faut bien le dire, désinstitutionnalisée. Elle veut que la vie consacrée se plonge pleinement dans la réalité de notre temps mais sans y être submergée d'une manière telle qu'il ne reste rien d'une lumière dans les ténèbres. Le service de la mission du Christ ne s'exprimera pas toujours dans un témoignage choc mais il peut exiger et exige aussi la foi et la patience indispensables pour assumer la culture humaine jusque dans sa complexité administrative et institutionnelle pour y annoncer du dedans la Bonne Nouvelle.

Ce courage de ne pas délaisser les médiations lourdes et pesantes est même une caractéristique de la Compagnie. En prenant en charge par fidélité à la mission du Christ les missions éducatives, saint Ignace bouleversait son rêve d'une Compagnie de pèlerins en marche, parce que cette tâche, nullement prévue au début, se présentait comme un appel àune offrande de plus grande valeur.

Comme n'importe quelle autre oeuvre, une institution peut devenir un contre-témoignage. Dans toute activité apostolique, il faut vérifier dans quelle mesure le Seigneur y est servi. Mais il serait tout à fait contre notre manière de procéder d'écarter d'emblée les institutions parce que leur fruit n'est pas immédiat et leur visibilité pas éclairante. Il peut être dans la ligne de notre universalité qu'une province comme corps apostolique témoigne d'un sain équilibre du sel et de la lumière que souhaite le service de la mission du Christ.

Sur ce point difficile mais de grande importance pour l'avenir, plusieurs provinces ont encore des choix difficiles à opérer et ne peuvent pas se contenter de gérer et de maintenir ce qui existe, comme plusieurs de vos rapports l'ont noté.

 

 

 

Pour en savoir plus :

> Origines de la Congrégation des Procureurs
>
sa composition > son but
>
ses attributions
>
Comment les Jésuites sont-ils gouvernés ?

La précédente congrégation des procureurs (17 au 23 septembre 1999) :

> Une évaluation de la 68ème Congrégations des Procureurs
>
Les principaux résultats de la 68ème Congrégation des Procureurs
>
Allocution finale du Supérieur Général
Photographie des Procureurs