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Depuis le concile de Vatican II, à la demande
même de l'Eglise, la vie consacrée n'a pas cessé d'être en mouvement.
Aujourd'hui encore, même sous la plume de certains de nos confrères,
les publications ne manquent pas pour décrire les faits, et surtout
les méfaits, de ce temps de bouleversement permanent, manifestant
une nostalgie certaine du temps de la stabilité, lorsque l'orientation
d'un institut religieux semblait aller de soi. Des voix n'ont
jamais manqué, en particulier de la part des évêques, pour demander
que l'autorité suprême mette fin à toutes ces expériences et ces
remises en question, afin de redonner à la vie consacrée ses certitudes
et une sereine stabilité.
C'est surtout à l'occasion du synode des évêques
sur la vie consacrée, en octobre 1994, que ces appels se sont
multipliés. De la part des responsables des diocèses, il y avait
là comme une exigence pastorale. Comment coopérer, en effet, avec
des religieuses et des religieux qui, à tout moment, changent
leurs priorités apostoliques, ouvrent et ferment des oeuvres selon
un discernement pour le moins mystérieux et opèrent, dans les
meilleurs des cas, avec une "indifférence cordiale" à l'égard
du diocèse, de son organigramme et de son projet pastoral.
Il faut y ajouter un autre désidérata de la part
de l'épiscopat en général. De par sa charge, l'évêque se doit
d'être protecteur, et protecteur aussi de la vie consacrée, et
il ne se sentira pas toujours à l'aise avec des formes concrètes
du renouveau qui semblent s'éloigner de l'image classique de la
vie consacrée et qui, dans leur pluralité déconcertante, semblent
altérer une identité claire et décidée de la vie consacrée. D'où
des demandes, faites aussi aux synodes, de mettre un terme à la
période des transitions et de déclarer finalement qui est authentiquement
"religieux" et qui ne l'est pas ou ne l'est plus.
Pendant la préparation du synode, la vie consacrée
elle-même a affirmé sa vocation et sa mission prophétiques de
vivre sous la mouvance de l'Esprit. Sans doute, la vie consacrée
sent le besoin de vérifier davantage si tout ce qui se passe en
elle vient vraiment de l'Esprit ; mais pour demeurer sensible
à ce que dit l'Esprit, elle s'engage à vivre dans le provisoire
et dans l'expérience, dans la disponibilité et dans la mobilité.
En se mettant dans cette mouvance de l'Esprit, la vie consacrée
s'est approprié le discernement jusqu'à en faire parfois un terme
à la mode, le réduisant à une simple consultation communautaire
ou parfois à un paravent derrière lequel se dissimule un gouvernement
incapable de prendre lui-même une décision pénible.
Pourtant, Maître Ignace avait bien insisté sur
les conditions essentielles d'un discernement au service de l'Esprit
lorsqu'il y mettait comme élément indispensable l'indifférence
telle qu'il la concevait: une liberté acquise par la contemplation
des mystères de la vie du Christ et par la voie de purification
de nos désirs propres. Il faut y ajouter que dans les conditions
actuelles, s'il n'y a pas une communauté digne de ce nom, un discernement
communautaire n'est qu'un leurre.
Lorsque finalement, dans une exhortation post-synodale,
Jean-Paul Il résume et assume tout ce discernement en commun sur
la vie consacrée, il confirme, parmi tant d'autres voies possibles,
le "chemin vers Dieu" tracé et vécu par saint Ignace. Tout en
demandant une fidélité créatrice à ce chemin ignatien, le Saint-Père
met quelques accents qui nous interpellent.
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