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Extraits de l'allocution finale
du Supérieur Général des Jésuites

(68ème congrégation des procureurs - septembre 1999)

Si dans nos délibérations de congrégation de procureurs, nous préférons aussi rester au niveau de notre mission, de nos priorités apostoliques, nous sommes bien conscients que l'accent notable placé par le document post-synodal sur la qualité spirituelle de notre vie, sur la "sequela Christi" si typiquement ignatienne, ne signifie nullement une spiritualisation excessive ou exagérée.

A la fin de la soixante-sixième congrégation des procureurs, le P.Pedro Arrupe, après un long développement sur notre mission, sur la mise en pratique du décret 4 (le la trente-deuxième congrégation générale, terminait ainsi : " Permettez-moi d'insister, même si c'est contraire à toutes les règles de l'art oratoire: il faut plus de prière personnelle, profonde, prolongée, et il faut savoir la partager avec les autres. Sans prière, sans conversion, sans évaluation, tout discernement et tout engagement apostolique est impossible " (AR XVII [1978], 577s).

Aux paroles du P.Arrupe, qui n'ont rien perdu de leur actualité, j'ajoute un appel à tous ceux qui ont une responsabilité dans la formation pour qu'ils soient particulièrement attentifs à cette exigence de notre vie et qu'ils la maintiennent en utilisant tout ce qui peut être utile pour cela et même nécessaire, en renonçant à l'opinion bien commode selon laquelle le noviciat à lui seul suffirait pour porter à maturité une spiritualité ignatienne robuste.

Cette insistance sur la qualité spirituelle, sur l'identité da la vie consacrée, ne met-elle pas en question le caractére central de la mission dont la Compagnie est de plus en plus consciente ? Déjà en 1973, le P.Arrupe disait aux provinciaux: "Ce caractère de mission est fondamental étant donné qu'il conditionne tout le reste: travail, durée du travail, disponi-bilité, mobilité. La restauration de ce sens de la mission, si anémié chez certains, est absolument nécessaire. Sans elle, la Compagnie deviendra une troupe d'activistes, uniquement mûs par un noble sentiment humanitaire qui se désintégrera parce qu'étouffé par un individualisme séparateur" (AR XVI [1973], 60).

En nous pressant de devenir les serviteurs de la mission du Christ, la 34ème congrégation générale a confirmé et renforcé la place de la mission au coeur de notre vie consacrée. La mission qui poussait Ignace était une spiritualité incarnée, mais au sens de l'incarnation du Seigneur, c'est-à-dire incarnée dans les faits et gestes de Jésus, dans sa manière chaste, pauvre, et obéissante d'annoncer la Bonne Nouvelle, dans son amour qui ne recule pas devant une croix. En ce sens, il ne suffit pas de faire un travail, même un travail apostolique, même une oeuvre au service de l'Eglise, pour qu'il y ait mission.

Au moins au sens ignatien, la mission c'est être mis par le Père auprès de son Fils pour l'accompagner, dans son Esprit, lorsqu'il continue, avec nous et pour le monde, son oeuvre de salut. La mission, c'est être mis par l'Esprit en mesure de faire les choix qu'a faits le Christ, de les faire aujourd'hui dans notre histoire, pour accomplir la mission jusqu'à ce qu'il vienne, surtout dans l'engagement pour les pauvres.

Mission et travail ne sont pas équivalents, et certainement pas n'importe quel travail. Tout compagnon de Jésus a le droit, jeune ou moins jeune, en bonne ou en mauvaise santé, de recevoir une mission qui va marquer sa prière, son style de vie et de travail, sa communauté. Pour être la mission du Christ, elle doit être inspirée par l'amour personnel du Christ chaste, pauvre et obéissant, selon la radicalité évangélique. C'est un appel du Seigneur qui demeure exigeant, poussant à des formes de vie et d'action nouvelles. Il faut sans cesse l'actualiser et l'approfondir - les Constitutions nous y encouragent -; il serait contre-productif, y compris à l'égard des vocations, de l'édulcorer et de le rendre trop ordinaire. Les candidats que l'on a invites "a venir voir" doivent découvrir une forme de vie chrétienne tendue vers une mission dfférente de celle que l'on trouve dans le clergé et dans le laïcat.

 

 

 

Pour en savoir plus :

> Origines de la Congrégation des Procureurs
>
sa composition > son but
>
ses attributions
>
Comment les Jésuites sont-ils gouvernés ?

La précédente congrégation des procureurs (17 au 23 septembre 1999) :

> Une évaluation de la 68ème Congrégations des Procureurs
>
Les principaux résultats de la 68ème Congrégation des Procureurs
>
Allocution finale du Supérieur Général
Photographie des Procureurs