| Si dans nos
délibérations de congrégation de procureurs, nous préférons aussi
rester au niveau de notre mission, de nos priorités apostoliques,
nous sommes bien conscients que l'accent notable placé par le
document post-synodal sur la qualité spirituelle de notre vie,
sur la "sequela Christi" si typiquement ignatienne, ne signifie
nullement une spiritualisation excessive ou exagérée.
A la fin de la soixante-sixième congrégation
des procureurs, le P.Pedro Arrupe, après un long développement
sur notre mission, sur la mise en pratique du décret 4 (le la
trente-deuxième congrégation générale, terminait ainsi : " Permettez-moi
d'insister, même si c'est contraire à toutes les règles de l'art
oratoire: il faut plus de prière personnelle, profonde, prolongée,
et il faut savoir la partager avec les autres. Sans prière, sans
conversion, sans évaluation, tout discernement et tout engagement
apostolique est impossible " (AR XVII [1978], 577s).
Aux paroles du P.Arrupe, qui n'ont rien
perdu de leur actualité, j'ajoute un appel à tous ceux qui ont
une responsabilité dans la formation pour qu'ils soient particulièrement
attentifs à cette exigence de notre vie et qu'ils la maintiennent
en utilisant tout ce qui peut être utile pour cela et même nécessaire,
en renonçant à l'opinion bien commode selon laquelle le noviciat
à lui seul suffirait pour porter à maturité une spiritualité ignatienne
robuste.
Cette insistance sur la qualité spirituelle,
sur l'identité da la vie consacrée, ne met-elle pas en question
le caractére central de la mission dont la Compagnie est de plus
en plus consciente ? Déjà en 1973, le P.Arrupe disait aux provinciaux:
"Ce caractère de mission est fondamental étant donné qu'il conditionne
tout le reste: travail, durée du travail, disponi-bilité, mobilité.
La restauration de ce sens de la mission, si anémié chez certains,
est absolument nécessaire. Sans elle, la Compagnie deviendra une
troupe d'activistes, uniquement mûs par un noble sentiment humanitaire
qui se désintégrera parce qu'étouffé par un individualisme séparateur"
(AR XVI [1973], 60).
En nous pressant de devenir les serviteurs
de la mission du Christ, la 34ème congrégation générale a confirmé
et renforcé la place de la mission au coeur de notre vie consacrée.
La mission qui poussait Ignace était une spiritualité incarnée,
mais au sens de l'incarnation du Seigneur, c'est-à-dire incarnée
dans les faits et gestes de Jésus, dans sa manière chaste, pauvre,
et obéissante d'annoncer la Bonne Nouvelle, dans son amour qui
ne recule pas devant une croix. En ce sens, il ne suffit pas de
faire un travail, même un travail apostolique, même une oeuvre
au service de l'Eglise, pour qu'il y ait mission.
Au moins au sens ignatien, la mission
c'est être mis par le Père auprès de son Fils pour l'accompagner,
dans son Esprit, lorsqu'il continue, avec nous et pour le monde,
son oeuvre de salut. La mission, c'est être mis par l'Esprit en
mesure de faire les choix qu'a faits le Christ, de les faire aujourd'hui
dans notre histoire, pour accomplir la mission jusqu'à ce qu'il
vienne, surtout dans l'engagement pour les pauvres.
Mission et travail ne sont pas équivalents,
et certainement pas n'importe quel travail. Tout compagnon de
Jésus a le droit, jeune ou moins jeune, en bonne ou en mauvaise
santé, de recevoir une mission qui va marquer sa prière, son style
de vie et de travail, sa communauté. Pour être la mission du Christ,
elle doit être inspirée par l'amour personnel du Christ chaste,
pauvre et obéissant, selon la radicalité évangélique. C'est un
appel du Seigneur qui demeure exigeant, poussant à des formes
de vie et d'action nouvelles. Il faut sans cesse l'actualiser
et l'approfondir - les Constitutions nous y encouragent -; il
serait contre-productif, y compris à l'égard des vocations, de
l'édulcorer et de le rendre trop ordinaire. Les candidats que
l'on a invites "a venir voir" doivent découvrir une forme de vie
chrétienne tendue vers une mission dfférente de celle que l'on
trouve dans le clergé et dans le laïcat. |