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Homélie finale du Père Kolvenbach
23 septembre 2003, messe marquant la clôture de

la 69ème Congrégation des Procureurs

 

L'évangile avec lequel le Seigneur prend congé de nous à la fin de cette Congrégation des Procureurs, ne pouvait pas être plus bref et, en même temps, plus incisif. A vrai dire, il s'agit d'un résumé qu'il convient de compléter par la lecture du texte parallèle de Saint Marc qui, lui, nous fait savoir clairement que la famille de Jésus, sa mère et ses frères, voulaient en fait le ramener et le garder chez eux, au village, car disaient-ils, "il a perdu son bon sens". Comme si, inquiets, ils voulaient le sauver avant qu'il ne soit trop tard. Et lorsqu'ils arrivent à l'endroit où Jésus annonçait la Bonne Nouvelle, il se crée une situation paradoxale : sa famille, les siens, restent debout, au dehors, alors que les gens, ceux qui lui sont étrangers, sont assis à écouter Jésus, comme s'ils étaient chez eux. Exactement le contraire de ce à quoi on pouvait s'attendre.

Jésus ne fait rien pour aller retrouver les membres de sa famille qui le cherchent ; par ce geste et par les paroles qui l'accompagnent, il manifeste la fondation d'une nouvelle famille sur d'autres bases que celles des liens du sang. Il s'agit de la fraternité de ceux qui écoutent la parole de Dieu et la mettent en pratique. Dorénavant ce sont ceux-là qui seront pour lui sa mère et ses frères. C'est la nouvelle fraternité du Royaume, constituée de ceux qu'en une autre occasion Jésus proclame "bienheureux". Notre-Dame est proclamée bienheureuse et mère non seulement parce qu'elle a porté Jésus en son sein, mais parce qu'elle sera la première à conserver avec soin toutes les paroles et les gestes de son Fils, à les accueillir en son coeur avec son Fiat, une fois prononcé et jamais repris : "qu'il m'advienne selon ta parole".

Chacun de nous, après avoir écouté la parole du Seigneur, a laissé père, mère et frères. La mise en pratique de la volonté du Père nous a faits "compagnons de Jésus", et dans nos communautés "amis dans le Seigneur". Dans notre pratique quotidienne, nous souhaitons que la priorité ne revienne pas au travail, mais bien à ce qui favorise en nous une écoute toujours plus grande de la volonté de Celui qui nous envoie en mission pour faire connaître son dessein : faire de son Fils le premier-né d'une multitude de frères.

Saint Ignace vivait de cette écoute de la Parole. Lorsque il terminait une lettre, il le faisait en demandant que le Christ notre Seigneur nous "aide tous de sa grâce parfaite pour que nous ayons toujours le sens de sa souveraine volonté et que nous l'accomplissions entièrement" (Lettre du 31 janvier 1552). Pour Ignace, l'écoute de la Parole, sans cesse accompagnée d'un discernement priant, devrait aboutir à une mise en pratique qui ne consiste pas à travailler pour Dieu, comme moi je le veux, mais à faire le travail que Dieu veut et comme Dieu le veut.

Ainsi, en ces jours, la Congrégation des Procureurs a voulu se mettre dans une attitude d'écoute obéissante de la Parole afin de discerner, comme compagnons de Jésus, les obstacles que nous opposons à ses appels, et la manière de pouvoir offrir un meilleur service à la mission d' "aider les âmes", dans l'Eglise et le monde d'aujourd'hui.

En effet, pour Ignace il ne suffit pas que la Compagnie veuille servir Dieu. Sa grande préoccupation est de rassembler une Compagnie qui ne désire pas mettre en pratique l'écoute de la Parole d'une autre manière que celle qui permette à Dieu de se servir en tout de la Compagnie pour sa plus grande gloire. D'où l'exigence de nos Constitutions : recourir "avant tout aux moyens qui unissent l'instrument à Dieu et le disposent à se laisser conduire par la main divine" (813).

Cette Congrégation des Procureurs, pour laquelle nous rendons grâce au Seigneur dans cette Eucharistie, à travers ses discussions et échanges, a voulu de nouveau remettre totalement la Compagnie entre les mains d'un Seigneur qui nous sert à table, "pour que sa divine et souveraine Majesté se serve d'elle", malgré ou à cause de sa petitesse dérisoire - un peu de pain, un peu de vin - et cependant appelée à vivre pleinement en communion avec le Corps et le Sang de son Seigneur pour la vie du monde.

 

Pour en savoir plus :

> Origines de la Congrégation des Procureurs
>
sa composition > son but
>
ses attributions
>
Comment les Jésuites sont-ils gouvernés ?

La précédente congrégation des procureurs (17 au 23 septembre 1999) :

> Une évaluation de la 68ème Congrégations des Procureurs
>
Les principaux résultats de la 68ème Congrégation des Procureurs
>
Allocution finale du Supérieur Général
Photographie des Procureurs