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| Au
service des paysans
C'est en 1970, un an après mon ordination sacerdotale,
que je suis parti pour le Pérou. Je devais aller travailler dans
un Institut pensé pour la formation des populations autochtones
(LPPA). Cette institution, installée à Cuzco devait inclure
des Jésuites du Pérou, de l'Equateur et de la Bolivie, trois pays
andins où les populations indigènes étaient confrontées à des problèmes
analogues : leur intégration sociale, économique et culturelle à
un Etat moderne. Bien que le P. Arrupe attachait à l'époque beaucoup
d'importance à cette initiative, ce Centre ne vit jamais le jour.
Me trouvant privé de mon point de chute, le P. Pierre Bigo, alors
directeur d'un centre social au Chili, m'y proposa un enseignement
de philosophie et théologie. Pendant trois ans je passais alors
6 mois au Chili et 6 mois au Pérou où je répartissais mon temps
entre un enseignement aux étudiants jésuites et des cours que je
suivais à l'Université Catholique pour connaître le Pérou. |
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Tant au Chili qu'au Pérou les étudiants de l'époque étaient beaucoup
plus préoccupés par l'urgence de l'action sociale et des changements
de structure qu'intéressés par une réflexion de fond. En bonne partie
leur impatience m'amena à penser en une action qui serait une sorte
de vérification de la pertinence de ce que j'enseignais. C'est ainsi
qu'en 1972 je lançais dans le Nord du Pérou un Centre de Recherche
et de Formation du Paysannat (CIPCA) qui s'inscrivait dans le cadre
de la Réforme Agraire en cours. Dans ce cadre là les paysans, hier
ouvriers des Haciendas, recevaient la propriété des terres par l'intermédiaire
de Coopératives Agraires de Production. Ces paysans, dont la majorité
était analphabète, devaient donc du jour au lendemain assumer des
responsabilités de gestion pour lesquelles ils n'avaient aucune
préparation. Moyennant des cours d'alphabétisation et de gestioin,
l'idéee était de les préparer pour ce défi, mais elle était aussi
celle d'explorer de nouvelles formes de présence et d'évangélisation.
Assumant que les signes de la Bonne Nouvelle et
de la présence du Royaume étaient que "les aveugles voient, les
sourds entendent, les muets parlent", l'équipe jésuite que nous
constituâmes se proposa d'explorer de nouvelles figures de présence
qui puissent être signes de la Bonne Nouvelle Evangélique. Cette
ONG était à l'époque la première de la Compagnie au Pérou, et notre
intention ne fut pas immédiatement comprise. Cependant les paysans
la comprirent immédiatement. En témoigne cette réflexion de l'un
d'entre eux qui disait : "La méthode du CIPCA est la méthode de
la résurrection spirituelle des paysans". |
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