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François Noiret (Madagascar)

Inculturation

Fianarantsoa, petite capitale du centre-sud de Madagascar. Un campus universitaire hors de la ville, mal desservi. Un kaléidoscope des ethnies et des problèmes du pays, un laboratoire aussi.

Les étudiants viennent de toute l'île, parfois à trois semaines de voyage d'ici, et aussi des Comores. Au milieu d'eux, j'apprends à comprendre tous les accents et tous les parlers de l'île. D'abord avec les garçons et les filles qui gèrent la maison la cuisine, les trois salles de bibliothèque, la chapelle, le ping-pong, les revues, la vidéo, la pharmacie...

 


Moi, je suis Razafitsalama, alias François Noiret, venu ici en 1971, encore novice, et devenu fils d'une famille malgache aujourd'hui misérable. Je ne parle guère que notre parler de Fianarantsoa, un mélange de betsileo rural et de malgache officiel. Grâce à cet enfouissement premier, j'ai trouvé une place parmi les Compagnons jésuites malgaches, dans le clergé du Betsiieo, chez les paysans, et maintenant avec les universitaires, avec les séminaristes auxquels j'enseigne l'ethnologie de leur propre pays (ouvrir les yeux, les miens et les leurs, sur leur culture, c'est la partie la plus passionnante de ma vie ici). J'écris un peu sur le pays, ses mythes, son histoire, sa musique...

Je n'avais pas demandé à venir ici, mais le Christ m'a mis là où il voulait que je sois et m'y a enraciné. Tel est le don de l'Esprit. Ce métissage n'a pas été sans mises à l'épreuve, parfois un peu au-delà de mes forces physiques ou morales. Mais quand j'ai quitté le pays, Lui m'y a ramené, pour aimer et peiner avec Lui, parce qu'il me voulait là où il m'aimerait davantage et parce que sa Croix est la porte de la louange.