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Roland Doriol (Philippines)   

Marin-électricien au long cours

Un grain de folie, assez largement partage à l'époque m'a poussé à entrer dans ce métier et à y trouver ma place. "Vas-y", c'est certainement ce qu'il faut se dire, c'est aussi ce qu'il faut entendre de la part de ceux qui ont quelque souci du chemin d'un jeune jésuite, relayant ainsi le bref mot d'ordre missionnaire de l'Évangile "Allez", "Pousse au large". Appel du large donc mais encore plus appel à ramer avec d'autres qui étaient à cette époque des marins français et des compagnons jésuites français. C'est bien cela l'exercice incontournable qui m'a fait réaliser que je faisais partie d'un équipage et d'un compagnonnage au grand large mais aussi lors du retour au bercail. Un jésuite après tout a besoin de sentir qu'il fait réellement partie de la société dans laquelle il travaille!

Heureusement, il y a les "retours" à la maison, d'autant plus attendus qu'ils avaient été nourris par le courrier écrit et reçu. C'était la façon la plus concrète de creuser notre puits ensemble et de découvrir la source qui allait nous faire tenir ensemble dans cette vocation.

 

Sur la mer, des événements sont venus bousculer et élargir mon horizon de longs voyages entre l'Asie et l'Afrique, deux rencontres sur la mer de réfugiés vietnamiens en perdition, la décision de poursuivre ce métier avec des équipages internationaux, surtout indiens et philippins. Ce sont ces derniers avec qui nous faisions équipage qui m'ont fait découvrir leur pays, leurs familles, et finalement les milliers d'entre eux qui peuplent les écoles maritimes dans les Visayas où je me trouve maintenant. Ils ont eux aussi envie de partir, se demandant bien souvent si ça vaut le coup de revenir. C'est bien cela! A leur école, j'ai appris que le "retour" est bien le test de l'honnêteté dans ce que l'on entreprend, au-delà de l'excitation des départs. Cela est vrai de la vie de marin, cela est vrai de la vie missionnaire jésuite.