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| Aux
confins ...
Il y a soixante ans, Pierre Ceyrac part comme missionnaire
en Inde. Il est aumônier des étudiants catholiques et il oeuvre
au développement des villages dalit (les parias, ou "intouchables").
De 1980 à 1993, il est présent dans les camps de réfugiés cambodgiens.
Aujourd'hui, il s'occupe de 15000 enfants de la rue à Madras.
Pourquoi êtes-vous parti en Inde ?
Pour des raisons toutes simples, mais assez fortes pour forger dans
l'enfant que j'étais alors une décision irrévocable qui allait engager
toute ma vie - décision que je n'ai jamais regrettée :
- D'abord, à la maison, le souvenir très vivant d'un oncle missionnaire,
parti vers le début du siècle, jamais revenu. Pourquoi ne pas prendre
la relève ?
- Plus tard, au collège, la grande figure de François-Xavier, qui
me fascinait, et son incroyable aventure.
- Enfin, à l'occasion d'une licence de lettres, premiers contacts
avec le sanscrit et les splendeurs de ce pays, qui, nous disait
notre professeur, "avait ses racines dans la demeure des dieux !"
(himelayas). |
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| Pourquoi y êtes-vous resté ?
Nous concevions alors la vocation missionnaire comme un choix définitif,
un don pour toujours, un appel à "renaître" et à "s'incarner" dans
une autre culture, comme le Christ l'avait fait pour nous. On partait
sans espoir, ni désir de retour. Comme Ruth la Moabite, on adoptait
pour toujours une nouvelle famille: "Ton peuple sera mon peuple
et ton Dieu sera mon Dieu". A vrai dire l'idée de quitter l'Inde
ne m'est jamais venue à la tête. Au contraire ce sentiment d'appartenance.à
l'Ïnde n'a fait que croître à mesure que je m'enfonçais dans sa
culture et m'identifiais avec son peuple.... "L'Inde, mon pays "....
Lorsque je reviens d'Europe et arrive à Madras, j'ai toujours l'impression
de rentrer chez mot.
Comment votre manière d'être jésuite a-t-elle été
déplacée par ce que vous avez vécu ?
Je vis depuis plus de 60 ans, sans aucun mérite de ma part, une expérience
humaine et religieuse extraordinaire, aux confins de civilisations
millénaires, et face à des situations humaines, que ce soit en Inde
ou au Cambodge, où les forces du mal et les forces du bien ne cessent
de s'affronter. Ma manière d'être jésuite s'est beaucoup simplifiée
au contact de tout ce que j'ai vécu, en Inde et au Cambodge, de souffrances
et d'angoisses, et d'indéniable beauté, et aussi au contact des grandes
civilisations et des grandes religions de l'Asie. Elle pourrait se
résumer dans la grande phrase de saint Jean de la Croix "Tout mon
exercice est d'aimer". Et cela, de deux façons qui, de plus en plus,
ne font qu'une : un amour grandissant pour Jésus Christ, "celui que
mon coeur aime": un amour qui de plus en plus envahit tout; mais Jésus
Christ cherché, trouvé et aimé dans les autres, surtout dans les pauvres
et dans ceux qui souffrent. Et ainsi devenir de plus en plus "un homme
pour les autres". A ces deux aspects que j'aimerais appeler ma manière
d'être jésuite, je voudrais ajouter : être un homme du magis, du davantage,
sur les traces de Xavier: toujours plus, toujours davantage, toujours
plus loin... towards further shores!
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