Xavier Roger, jésuite
est ordonné prêtre
à Reims le 20 mars
Brigitte Loyaux interroge Xavier
(pour la Revue Reims-Ardennes)
Trois mois que Xavier vit dans la communauté jésuite de Reims, trois mois bien remplis par le service et la mission au coeur du collège Saint-Joseph.
Le 20 mars, à 10h30, il sera ordonné prêtre à la cathédrale de Reims. Cette ordination marquera une étape importante dans sa formation, mais n’en sera pas pour autant la fin, car on ne devient pas jésuite du jour au lendemain…
Devenir prêtre,
est-ce une question que vous portiez depuis longtemps ?
Xavier Roger :
Elevé dans une famille chrétienne, je crois qu’à l’âge du collège j’ai regardé vivre les prêtres et que je me suis dit que ce genre de vie n’était pas fait pour moi : il générait en moi une certaine peur. Je ne pouvais alors envisager une vie sans le mariage ; cet engagement me paraissait donc vraiment trop “curieux”.
Et ce n’est que vers 20 ans, alors que j’étais étudiant, que la question m’est revenue sous la forme : “Pourquoi pas ?” En méditant un passage de saint Jean (“Pierre m’aimes-tu ?” Jn 21), j’ai entendu un appel intérieur. Je n’ai certes pas donné de réponse immédiatement, mais un chemin s’est alors ouvert. Un peu à l’image de Marie, je n’ai pas tout compris, mais j’ai gardé cet appel au fond de mon coeur ; j’ai continué de le méditer, mais j’ai d’abord choisi de finir mes études en biologie. Ce furent des années de maturation sur tous les plans: intelligence, vie de foi, vie affective… et pendant ce temps la graine germait au fond de moi. Je m’étais dit : “Je fais mes études et ensuite, je vois.”
Mais quand le “ensuite” est arrivé, et que je me suis demandé : “Quel métier pour moi ?”, j’ai un peu reporté la question en choisissant de partir deux ans en coopération au Cambodge. Avant de partir, j’ai toutefois pris un temps pour discerner et j’ai senti que l’appel entendu se faisait de plus en plus évident ; c’était un peu comme un courant de fond qui durait, qui m’entraînait, mais qui était paisible. Peu de personnes connaissaient cette facette-là de ma vie ; j’en avais parlé à quelques prêtres, et mes parents s’en doutaient, mais je n’étais pas spécialement accompagné sur ce chemin.
Aussi, à mon retour du Cambodge, c’est assez naturellement que je me suis d’abord adressé au séminaire diocésain de Toulon, car c’est là que j’avais fait mes études, mais sans savoir si c’était le lieu de mon appel.
Vous ne pensiez pas à la Compagnie de Jésus ?
Non, je ne savais pas grand-chose des Jésuites. J’avais fait un pèlerinage ignatien durant mes études et connaissais leurs manières de prier, leurs façons d’habiter les textes bibliques, mais rien de plus. En rentrant du Cambodge, l’alternative était plutôt prêtre diocésain ou prêtre pour les Missions étrangères de Paris.
Durant le carême qui a suivi j’ai compris qu’il me fallait arrêter de combattre intérieurement, entrer dans ce que saint Ignace appelle “l’indifférence” afin de mettre le Christ au centre de ma vie et d’entendre ce que Dieu avait à me dire, de suivre le chemin qui était le meilleur pour moi. C’est alors que la question est progressivement devenue : missionnaire ou jésuite ? Je l’ai approfondie et j’ai finalement été séduit par la liberté que les Jésuites avaient dans leur manière de servir le Christ. J’ai fait une retraite des exercices de saint Ignace pendant huit jours, en silence, ce qui m’a permis de confirmer cet appel. Cette retraite n’était que le début d’un long temps de formation qui a commencé par deux ans de noviciat. Ces deux années constituent deux ans de coupure, de discernement.
L’objectif est de prendre du temps pour éprouver sa vocation ainsi que sa relation à Dieu. On apprend à vivre avec le minimum tant au niveau vestimentaire qu’au niveau matériel : pas de téléphone portable, d’ordinateur ni de radio durant les premiers mois. Puis, nous sommes envoyés en formation et sur “le terrain” pour des temps d’“expériment” dans des écoles, des hôpitaux, en paroisse…
Et, à la fin de nos deux années, nous prononçons des voeux définitifs qui nous engagent vis-à-vis de la Compagnie ; les voeux solennels, qui engagent la Compagnie envers nous, ne seront prononcés que 12 ou 13 ans plus tard.
Depuis la fin de votre noviciat fin 2000 jusqu’à votre arrivée à Reims, qu’avez-vous fait ?
Ces huit années correspondent à un temps de formation au cours duquel la formation intellectuelle a alterné avec une expérience sur le terrain. J’ai commencé par quatre ans d’études (philosophie et théologie), un temps qui m’a permis d’approfondir l’intelligence de ma foi, mais qui fut aussi un temps de rencontre avec des jésuites du monde entier.
Puis nous avons deux années de “régence”, durant lesquelles nous ne sommes plus en situation d’étudiant mais plutôt de stagiaire. J’ai travaillé à la pastorale dans un collège à Bordeaux ; je ne me suis pas vraiment senti l’âme d’un pédagogue, mais j’ai été très touché par tout ce que ces collégiens avaient à vivre et j’ai aussi été interpellé par le travail qui peut être fait en lien avec les enseignants qui le souhaitent.
Ensuite, reprise de deux années de théologie, mais avec le maintien d’une journée d’apostolat. J’étais alors à “Ginette” à Versailles et j’avais la charge des internes auxquels nous proposions des temps d’accompagnement individuel deux à trois fois par an. C’est au cours de cette période que j’ai été ordonné diacre.
Et me voici maintenant à Saint-Joseph, à nouveau avec des collégiens. Une nouvelle mission, une nouvelle réalité. Je crois que notre formation
ainsi que notre “ancrage” dans la spiritualité ignatienne nous aident à avoir une capacité d’adaptation pour passer d’une réalité ecclésiale à une autre.
En arrivant à Reims, j’ai demandé à Mgr Jordan si je ne pouvais pas avoir en plus un engagement en milieu plus défavorisé, plus populaire. Il m’a donc été proposé de travailler en lien avec Bernard Marc (s.j) dans le quartier Croix-Rouge, Maison-Blanche. Les modalités de cette mission ne sont pas encore bien définies mais je suis heureux à l’idée d’être prochainement au service d’une association de quartier ou d’une oeuvre sociale, et il est fort probable que je dirai ma première messe à Saint-Bruno ou Saint Louis.
Et vos parents, qu’en disent-ils ?
Mes parents sont heureux parce qu’ils me sentent heureux. Ils regrettent toutefois de temps en temps que je n’aie pas opté pour une vocation de type diocésain, à Toulon (pour des raisons de proximité uniquement !). Mes frères ont eu plus de mal à accepter mon choix, mais ils ont également
compris que cet appel me donnait de la joie et ils le respectent.
Propos recueillis par Brigitte Loyaux
Etre
ordonné prêtre dans la Compagnie de Jésus
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Pour mieux connaître
la place et le rôle des ordinations dans la Compagnie de
Jésus :