| Même si la mission exige d'ordonner prêtres
le plus de jésuites possible, cela n'entraîne pas pour
autant la nécessité de le faire. Tout jésuite en effet, même s'il
n'est pas prêtre, participe pleinement à la mission sacerdotale
de la Compagnie. Cependant, s'il n'y a pas
nécessité, on peut dire qu'il y a « convenance
». C'est à cause de cette convenance que la Compagnie n'a
pas admis jusqu'à aujourd'hui, qu'un jésuite non-prêtre émette
le quatrième voeu, celui de l'obéissance au pape pour les
missions. La raison en est très simple un prêtre peut faire tout
ce que peut faire celui qui ne l'est pas, mais l'inverse n'est
pas vrai. Ainsi, la Compagnie se propose-t-elle d'ordonner tous
ceux de ses membres qui en ont la possibilité. Ils sont alors
plus aptes à la diversité des tâches que peut demander l'exercice
de la mission.
L'affirmation selon laquelle un prêtre peut faire tout
ce que peut faire un non-prêtre, ne va pas de soi pour tout le
monde. Elle contredit des préjugés encore
vivaces et prend le contre-pied du statut
clérical prépondérant dans la société depuis le XVIème
siècle. Un prêtre peut se « salir les mains »
dans les tâches domestiques ; il peut exercer une activité professionnelle
dite profane ; il peut participer légitimement et pleinement à
une eucharistie, dans la plénitude de sa qualité de fidèle, sans
exercer son ministère de présidence.
Dans l'exercice de son ministère ordonné, le prêtre dispose
de pouvoirs spécifiques : il peut permettre à
toute rencontre de prendre la figure sacramentelle de l'Eucharistie
et qu'ainsi le nom du Seigneur soit pleinement manifesté «
lorsque deux ou trois sont réunis en (son) nom ». Il
peut terminer un entretien par la réconciliation sacramentelle,
etc. Le prêtre, même s'il doit passer sa vie à laver des éprouvettes
dans un laboratoire (fût-il du C.N.R.S.), peut être de manière
spécifique le serviteur de la rencontre des croyants et de ceux
qui naissent à la confession de la foi en Jésus-Christ ; il
est animé par le désir de pouvoir conférer à la rencontre entre
les hommes la perfection de la figure eucharistique.
D'après Adrien Demoustier,
« Le sacerdoce et le ministère »,
Le cas singulier de la Compagnie de Jésus, aux origines
et aujourd'hui, Médiasèvres 1995. |