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| Les
cinq préférences apostoliques des jésuites |
| Document
du Supérieur Général des Jésuites du 1er janvier 2003 |
| Le
décret 21 de la 34ème Congrégation Générale demande au Supérieur
Général de discerner "avec les Provinciaux et les Modérateurs des
Conférences (c'est-à-dire avec les Présidents des Conférences de
Supérieurs Majeurs ). les besoins les plus grands de l'Eglise universelle
", et d'établir "des priorités, universelles et régionales" (CG
34, décret 21, n 28). |
| Les cinq préférences retenues ne sont
rien de nouveau. Elles ont été mentionnées dans certains décrets
de la 34ème CG, puis évoquées à Loyola, lors de la réunion des Supérieurs
Majeurs. Loin de prendre la place des grandes orientations de la
mission de la Compagnie, elles offrent des terrains où elles peuvent
se concrétiser. Après leur adoption, la manière de les mettre concrètement
en pratique est maintenant examinée dans plusieurs Conférences de
Supérieurs majeurs. |
| Les cinq préférences
apostoliques
- Afrique
- Chine
- Apostolat intellectuel
- Maisons romaines
- Réfugiés
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| Il s'agit d'abord de deux préférences données
à des entités géographiques, c'est-à-dire l'Afrique et la Chine.
"Les Jésuites en Afrique sont engagés dans le défi de construire
une Eglise africaine jeune et rayonnante, enracinée dans la richesse
des cultures différentes, de créer de nouveaux liens entre leurs
peuples et de lutter pour vaincre les forces mondiales qui tendent
à marginaliser le continent tout entier" (CG
34, décret 2, n 2).
Un peu plus loin dans ses décrets, la Congrégation
parle à propos de l'Afrique d'un "océan
de malheurs", à la fois cause et conséquence de cette
marginalisation, et elle "demande à toute la Compagnie de faire
tout ce qu'elle peut pour changer les attitudes et les comportements
internationaux à l'égard de l'Afrique" (CG
34, décret 3, n 12). Ceci implique que la Compagnie
elle-même accorde une attention privilégiée et un soutien concret
à nos compagnons africains.
| L'Assistance
d'Afrique n'attend nullement une invasion massive de Jésuites
étrangers, mais le Modérateur concerné, le Père
Valerian Shirima, a déjà pu présenter toute une liste de besoins
précis à plusieurs Conférences de Supérieurs Majeurs. Parmi
les premiers résultats de cette préférence donnée à l'Afrique,
il faut signaler avec gratitude l'aide
venue des Provinces de l'Inde. |
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| Une préférence apostolique pour la Chine est
comme connaturelle au service que la Compagnie universelle souhaite
rendre. D'autant plus que pendant 450 ans, à temps et surtout
à contre-temps, la Compagnie est restée créativement fidèle au
désir passionné de François-Xavier
d' "aller en Chine pour répondre aux
nombreuses questions" (Lettre de Goa, 07.04.1552) car
un "chemin va être ouvert non seulement pour les frères de la
Compagnie, mais encore pour tous les ordres religieux" (Lettre
de Cochin, 29.01.1552).
| C'est le Modérateur de la Conférence
de l'Asie Orientale et le Supérieur Provincial de Chine qui
proposent et coordonnent le nombre croissant d'initiatives
apostoliques au service de la Chine. Cette préférence a déjà
suscité des vocations nouvelles, et il faut ici mentionner
avec gratitude la générosité de la
Province de Hongrie, qui, malgré la pénurie de
personnel, a reconnu en deux scolastiques une authentique
vocation pour la Chine, prenant la relève de tant d'exceptionnels
missionnaires hongrois en Chine. |
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| Une troisième préférence
apostolique est l'apostolat intellectuel. La 34ème CG,
dans son décret
16, a tenu à réaffirmer l'importance particulière
de la dimension intellectuelle de notre action apostolique, de
la "qualité intellectuelle
de chacun de nos apostolats" (CG
34, décret 16, n 1).
Tout au long de son histoire la Compagnie est
restée fidèle à une
intuition de base de Maître Ignace, lorsqu'il
prit conscience du vaste impact du savoir et du faire savoir,
d'une part pour vaincre l'ignorance, la confusion et les préjugés
à l'égard du Créateur et Sauveur de notre
monde, et d'autre part pour porter ce don qu'est le Christ, avec
sa bonne nouvelle et ses valeurs, à un monde en quête
de vérité et d'amour. Plus que jamais aujourd'hui,
nous sommes appelés à un "ministère
nourri de savoir", une des caractéristiques de notre
manière de procéder (CG
34, décret 26, n 6). Mais la situation de notre monde,
avec les questions brûlantes qui se posent à l'humanité,
et l'attente de l'Eglise à l'égard de la Compagnie,
appellent aussi de la part des Provinces et des Conférences
de Supérieurs Majeurs un engagement spécifique dans
l'apostolat plus directement intellectuel.
Les formes, les domaines, les institutions de
cet apostolat intellectuel proprement dit sont divers, et varient
nécessairement d'une Province, d'une Région à
l'autre. Mais la recherche et la réflexion, l'enseignement
et les publications, dans les domaines de la théologie,
de la philosophie et des sciences, des grandes questions éthiques,
des problèmes sociaux et culturels, de la spiritualité,
du ministère pastoral et du domaine des communications
de masse, représentent pratiquement partout
une contribution spécifique à la mission de l'Eglise
à laquelle la Compagnie ne peut se dérober.
Cet apostolat intellectuel conditionne d'ailleurs notre fidélité
aux grandes missions de la Compagnie, l'annonce de la foi et la
promotion de la justice, le dialogue avec les cultures et avec
les religions ; et les divers secteurs apostoliques appellent
un travail de réflexion et de recherche très sérieux
pour leur propre fécondité.
| Cette
préférence apostolique demande de faire face
à des difficultés réelles
: la pénurie de personnel et de moyens, les problèmes
de la gestion des institutions, l'attrait d'autres formes
d'apostolat, apparemment plus gratifiantes. Elle suppose aussi
que les Supérieurs Majeurs destinent et préparent
des jeunes Jésuites pour cette mission. Mais il faut
reconnaître avec gratitude que la Compagnie, malgré
les difficultés, n'a pas perdu son dynamisme en ce
domaine, et s'ingénie à le déployer en
collaboration avec beaucoup d'autres. L'importance de cette
part de notre mission aujourd'hui justifie que nous renouvelions
notre courage pour nous y engager ensemble. |
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| Sur cette préférence se greffe tout naturellement
l'effort commun pour promouvoir le service
important de l'Eglise universelle que sont les oeuvres et maisons
interprovinciales de Rome, qui pour la plupart nous
sont confiées par le Saint-Siège.
(Les ouvres interprovinciales de Rome confiées
à la Compagnie par le Saint-Siège sont : l'Université Pontificale
Grégorienne, l'Institut Biblique Pontifical, l'Institut Oriental
Pontifical, le Collège Pontifical Russicum, Radio Vatican, l'Observatoire
du Vatican. Il y a aussi les ouvres interprovinciales de la Compagnie
elle-même : l'Institut Historique, le Collège St Robert Bellarmin
et le Collège International du Gesù.)
| A la suite du décret
22 de la dernière Congrégation Générale, une commission
interprovinciale permanente, composée de représentants des
Conférences de Supérieurs Majeurs a grandement contribué à
une meilleure compréhension de cette mission pontificale et
à une volonté de coopération entre les Provinces et les maisons
romaines, que chaque Province devrait considérer comme les
siennes, selon l'intention d'Ignace et de ses successeurs.
Je remercie les Supérieurs Majeurs qui se sont montrés généreux,
en mettant à la disposition des oeuvres romaines personnel
et moyens financiers. Je suis reconnaissant aussi envers tous
ceux qui travaillent dans ces institutions romaines, dans
des conditions changeantes et parfois fragiles qui exigent
sans cesse des adaptations et des renouvellements, pour assurer
une contribution maintenant séculaire de qualité au service
de l'Eglise universelle. |
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| En ces quatre préférences apostoliques,
nous pouvons vivre, comme Jésuites, notre solidarité
avec les plus défavorisés, et l'option préférentielle
pour les pauvres (CG
34, décret 26, n 4), donnant gratuitement ce que nous
avons reçu gratuitement. Mais la 34ème CG a attiré
spécialement notre attention sur
la condition inhumaine des réfugiés,
et a demandé à toutes les Provinces de soutenir
le Service Jésuite des Réfugiés de toutes
les manières possibles (CG
34, décret 3, n 16). Aujourd'hui, après un discernement
lors de la réunion des Modérateurs, il apparaît
nécessaire d'élargir cet appel, pour que nous venions
en aide aux nombreux migrants, selon les besoins qui se présentent
dans les divers continents. "Nous
appelons la Compagnie internationale à unir ses efforts
à ceux d'autres institutions et organisations internationales
pour combattre les injustices qui déracinent les peuples
de leur terre et de leurs familles" (CG
34, décret 3, n 16).
| Le Saint Père confirme
fortement cet appel lorsqu'il écrit dans son message
pour la 39ème journée mondiale du migrant et
du réfugié (2003): "La
migration est devenue un phénomène répandu
dans le monde moderne et concerne toutes les nations,
que ce soit comme pays de départ, de transit ou d'arrivée.
Elle touche des millions d'êtres humains et représente
un défi que l'Eglise en pèlerinage, au service
de toute la famille humaine, ne peut manquer de relever et
d'affronter dans l'esprit évangélique de la
charité universelle ". Parce que la situation
de toutes ces personnes en mouvement, quittant leur pays,
n'est pas la même partout, ce sont les Conférences
de Supérieurs Majeurs qui pourront plus efficacement
voir comment donner suite à cette préférence
apostolique, déjà familière au peuple
de Dieu, lui-même peuple de migrants. |
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| Voilà donc les cinq
préférences apostoliques que je vous communique, comme
autant d'urgences apparues dans un discernement priant au niveau
de toute la Compagnie. |
| Peter-Hans
Kolvenbach
Supérieur Général
Rome, le 1er janvier
2003 |
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