Retour à la page d'accueil
compagnons > L'expérience des jésuites du Kerala en Inde
spiritualité
C'est quoi ?
Ignace de Loyola
François-Xavier
Exercices Spirituels
compagnons
Communautés
Rencontres
Portraits
Nos 5 préférences
devenir sj
Récits
Jeunes jésuites
Vocation
Noviciat
Les derniers nés
missions
Culture
Jeunesse
Sciences
Vie spirituelle
Foi et justice
Hors frontière
Eglises
histoire
Chronologie
Par thèmes
Jésuites du XXe
Saints
sites internet
Jésuites
Chrétiens
Surprises
Site du mois
forums

Nous écrire

 

L'expérience
des jésuites
du Kerala en Inde

Le TUDI (Tribal Unity for Development Initiatives) est un mouvement socioculturel des peuples indigènes au Wayanad, dans l'état du Kerala, en Inde. Les peuples indigènes en Inde sont appelés adivasis ou tribals. Les jésuites sont partis à leur rencontre

Motivés et guidés par la Déclaration Vison de la Province jésuite du Kerala, en 1989 un groupe de jésuites, les pères Mathew Pullattu, Paul Vadakel, T.M. Joseph et le Frère Joseph Tekkekara arrivèrent dans une zone rurale du Wayanad, région vallonnée avec des arbres à feuilles persistantes, des plantations, une faune et une flore particulières, des montagnes et des vallées enveloppées dans la brume. Prenant en charge une école villageoise sous une direction hindoue, la Sarvodaya High School, Eachome, ils commencèrent un travail d'éducation parmi ces hommes socialement et économiquement opprimés, culturellement aliénés et politiquement marginalisés que sont les adivasis, les dalits et les paysans marginaux.

La Déclaration Vison a clairement fait option pour les enfants de populations tribales dans notre école; mais ceux-ci n'y étaient pas nombreux pour plusieurs raisons. C'est là que le TUDI
a pris naissance.

Selon les statistiques officielles, il y a 36 communautés tribales au Kerala, connues comme Adivasis; elles sont 1,2% de la population du Kerala. Parmi les 14 districts de cet État, le Wayanad représente la plus forte concentration et 17% de la population du district de Wayanad, et 37% de l'ensemble de la population tribale du Kerala (recensement de 2001). Ce sont en majorité des cultivateurs et des paysans pratiquant la cueillette des produits de la forêt en dehors du bois. Ils ont hérité de la pratique de l'alternance des cultures et se nourrissent de la chasse et de la pêche.

Par suite d'une forte migration des populations non-tribales du Kerala vers le Wayanad, les populations tribales ont été obligées de se déplacer vers les forêts de l'intérieur, ou bien, dépouillées de leurs terres, de vivre en colonies de coolies des propriétaires des terres, hindous, musulmans, jaïns ou chrétiens. Les plus grandes victimes sont les Punyias et les Adiyas, populations tribales devenues de véritables esclaves.

La vie des peuples indigènes au Wayanad est très pathétique et leurs problèmes sont très graves. Ils sont confrontés à des questions qui sont: l'aliénation de la terre, un pourcentage élevé de la mortalité infantile, une extrême pauvreté, un pourcentage élevé de non-scolarisation, des déplacements rendus nécessaires en raison de projets patronnés par le gouvernement, une intervention anti-tribale d'organisations politiques ou bureaucratiques, une exploitation de: hommes par les propriétaires de terres, une «détribalisation». C'est pour répondre à toutes ces questions qu'en 1996 les jésuites du Kerala, sou la conduite des pères George Thenadikulam et Baby Chalil, ont initié le TUDI.

La fin du TUDI est de promouvoir une société favorable aux dimensions écologiques, culturelles et humaines de la vie. C'est une «communauté» tribale à la recherche de nouveaux modèles d'un développement durable dans les situations sociales, économiques, culturelles et éducatives de la communauté tribale. Il veut maintenir et développer l'identité tribale, avec ce que sa culture et son folklore ont d'unique. Les activités du TUDI consistent en des programmes éducatifs promouvant une prise de conscience critique de sa culture, des activités favorisant le développement de la communauté, des recherches, la mise en place d'un réseau de travail et de conseil.

Dans la population tribale du Kerala le niveau de l'éducation est très bas (34%), alors que pour l'ensemble de l'État il est de 92%, selon recensement de 2001. Le taux d'absentéisme de l'école des enfants de la population tribale est très élevé.Le TUDI a lancé des Tudikkooltums (écoles du peuple tribal) chaque village tribal pour faire face à ce problème. Une Tudikooltum est un centre social et culturel où sont étudiées et discutées toutes les questions d'éducation formelle et non-form­elle, les dimensions sociales et culturelles. Un village tribal y décide ce qu'il faut étudier et comment le faire. Elle est dirigée par un comité du village ayant à sa tête le Mooppam (chef tribal) et comprend des animateurs de communauté tribale spécialement formés.


L'engagement des jésuites au service de a population tribale Wayanad
au Nord du Kerala : Des institutrices avec un groupe d'enfants de l'école maternelles

 

Cette initiative du TUDI a donné au gouvernement du Kerala l'idée d'adopter ce modèle pour tout le district du Wayanad. Le TUDI, dans son programme d'éducation formelle, recourt à une pédagogie en accord avec la culture du peuple. Actuellement 150 étudiants suivent un enseignement supérieur grâce au TUDI.

Une autre pierre de touche dans le développement de l'éducation tribale est la création d'une «nursery school» (Kurinjipookkal) exclusivement réservée aux enfants de la tribu Paniya, où l'instruction est donnée dans leur dialecte (Paniya Bhasha). 52 enfants de cette population tribale y sont accueillis. Tout repose sur les principes de la Déclaration des Nations-Unies sur les Droits des Peuples Indigènes.

La culture est chose unique et caractéristique d'une société humaine. Elle concerne aussi le plus haut degré des réalisations humaines. Les populations tribales du Wayanad sont des gens qui jouissent d'une sagesse, d'une culture et de ressources propres hors pair. Leur culture est pleine d'une vie rythmée, d'un sens de l'amitié partagée, d'une forte conscience communautaire, d'une vie faite de relations aux multiples visages.

En vue de promouvoir culture et identité tribales, le TUDI a commencé une organisation de la communauté tribale par le moyen d'un Adivasi gramolsavam (Festival tribal). Ce festival est devenu une réalisation annuelle du TUDI; et il y en a eu 12 au long des années. Durant le festival sont levées et discutées de différentes manières des questions comme l'aliénation de la terre, l'annihilation culturelle, les déplacements de populations, le retard au plan économique, les violations des droits de l'homme. Plus de mille groupes d'ethnies tribales différentes ont participé à ce festival. C'est pour eux une occasion de se rencontrer et de partager leurs manières de voir et leurs problèmes.

Une autre activité culturelle notable du TUDI est son Nallarangu (Troupe d'art folklorique tribal). C'est aussi une réalisation originale. Le TUDI l'a initié pour promouvoir la culture, l'art, la musique et la danse de la civilisation tribale. Le TUDI a formé 25 jeunes dans différentes formes d'art indigène; ils donnent des spectacles au Kerala et en-dehors du Kerala. Par leurs représentations ils affirment leur identité tribale, leur langue, leur culture, leurs droits et leur dignité. Ils sont régulièrement soumis aux exigences d'une sérieuse formation à la musique tribale ainsi qu'à l'art et à la danse au centre d'art folklorique du TUDI.

Un Institut pour l'étude de la culture tribale propose des activités dans plusieurs secteurs, y compris la musique et la danse.

Pour ce qui est de la reconnaissance des valeurs tribales, diverses entités et le gouvernement travaillent pour les communautés tribales, mais on ne voit pas de changements substantiels pour ce qui est du développement social. Le TUDI considère ce problème du point de vue culturel. Particulièrement sensible à tout ce qui concerne la communauté et la culture tribales, le TUDI élabore des programmes d'activités pour un développement de la communauté tribale. On use pour cela de stratégies basées sur la participation, la décentralisation et sur une connaissance indigène.

Un «Groupe Agricole» est une coopérative fondée par la communauté tribale pour assurer une vraie sécurité et devenir des partenaires dans la production. Le TUDI encourage et promeut la bio­culture, qui est humaine et respecte la nature. Des Groupes Tribaux d'Aide Autonome sont formés pour promouvoir une telle aventure. Ayant été pendant des siècles des communautés d'esclaves, ils ne possèdent aucune terre; ils rêvent d'un avenir meilleur,... et les jésuites avec eux.

Dans un autre domaine s'exerce encore le développement de la communauté tribale. Il s'agit d'encourager connaissances et pratiques médicinales indigènes pour pouvoir faire face aux problèmes de santé dans la population tribale. On prépare les remèdes à base d'herbes et on les distribue pour soigner les maladies courantes. Nous avons organisé dans la propriété du TUDI un jardin où sont cultivées les herbes permettant de soigner les indigènes malades.

L'Institut d'Études Tribales et Culturelles est un centre de recherches sur place. Le directeur de cet Institut est le P George Thenadikulam, jésuite, spécialiste du folklore et spécialement du folklore tribal; le directeur adjoint est le P. Baby Chalil, spécialisé en sociologie tribale. Le TUDI mène des recherches sur les traditions indigènes, les arts du folklore tribal, l'éducation et les médicaments indigènes; il a publié les résultats de ces recherches dans des revues. L'Institut possède une bibliothèque et un musée mis à la disposition des étudiants de l'université, des académiciens et des chercheurs sur les questions tribales non tribales.

Pour porter les questions concernant les peuples indigènes au niveau de l'État et au niveau nation et international, le TUDI collabore avec les organisations et les mouvements officiels ayant le même objectif. Nous faisons partie du SIAP (South India Adivasi Network). Une même et commune approche marque ce mouvement. Le TUDI participe aux campagnes en faveur des droits à la terre des populations tribales et les droits des peuples indigènes à une vie décente.

Dans l'histoire de la vie sociale un nouvel élément surgit des profondeurs du monde tribal et de sa vue du monde, qui promeut un modèle culturel. Le TUDI est devenu comme un phare et un idéal pour les populations tribales. Il joint un haut niveau de l'enseignement et des orientations au niveau des pâquerettes en intervenant en profondeur avec le génie culturel tribal et en se préoccupant des valeurs de base du peuple tribal.

Le TUDI est un petit mouvement, mais selon le proverbe «ce qui est petit est beau» et «ce qui petit est important». Il est devenu un centre capital pour nombre de mouvements officiels, de groupes et d'organismes dans le domaine du progrès social. Les mots de l'évangile de Marc 4,26-28 sont ce qui nous inspire. Nous avons semé et nous restons dans l'attente. Le grain lèvera et donnera une belle moisson. C'est un appel à établir des relations justes avec la nature et les êtres humains, à promouvoir une sensibilité culturelle, et par-dessus tout une sensibilité au Divin (35ème CG), et à lutter pour une foi qui défend la dignité et l'honneur de l'homme.

George Thenadikulam, S.J.
et Baby Chalil, S.J.
Traduction de Antoine Lauras, S.J.

 

 

Pour en savoir plus :

> Le site des jésuites du Kerala
(en anglais)

> Site du Wayanad (en anglais)

> Vivre la foi qui fait la justice en Inde à Kodma

> Créations contemporaines des Adivasi au Musée des Arts Premiers du Quai Branly