![]() |
![]() |
||
|
|
Extrait de la Revue Responsables n° 362 p.6 avril 2005 À 57 ans, Lucien Descoffres, jésuite, est un acteur de l'insertion.
• (2) Bativert, entreprise d'insertion par l'économique, cf. Responsables n° 315 (avril 2000), p. 20, Tilt-Services, association intermédiaire; IFIP (chantiers découverte); INCITE (centre de formation informatique); Césame, espace dynamique d'insertion. Ces structures ont été créées à l'instigation du Service de prévention spécialisée de A.D.S.E.A. 95.
Les intéressés ont été intégrés dans un dispositif qui a fonctionné jusqu'à son terme, et enfin, ils se sont sentis utiles, toutes choses qui ne sont pas si habituelles pour eux. Ils n'ont pas pour autant attrapé le virus de l'humanitaire et le don n'est pas pour eux quelque chose de normal. Durant les travaux d'aménagement de la salle, certains sont retombés dans une passivité décevante. Les progrès ne sont pas instantanés et définitifs ! Mais ils ont vécu un dépaysement salutaire. Ils ont été confrontés à des jeunes Sénégalais curieux d'apprendre, et impatients de recevoir les connaissances informatiques qu'avaient leurs interlocuteurs venus de France. A ce moment, certains ont regretté de ne pas avoir travaillé durant leur formation. Ils ont aussi été dépaysés devant la gestion par projet. Ces jeunes, qui n'ont jamais connu que des travaux d'exécution, ont pressenti que, pour bâtir cette salle, il fallait une vision d'ensemble et structurée d'une multitude de tâches assez éclectiques et étalées dans le temps. Or ils n'ont pas cette représentation du travail, et c'est pour eux un handicap. L'écart est important entre leurs possibilités et ce que les entreprises leur demandent une certaine autonomie, la possibilité d'anticiper, et le fait de suivre des procédures.
Membre de l'équipe pédagogique d'INCITE, je forme des jeunes à la maintenance informatique, en vue d'une ouverture sur le marché du travail. C'est une formation pré-qualifiante sur des micros ordinateurs. Il s'agit d'aller soit vers les métiers de la maintenance, soit d'acquérir un « background » nécessaire par exemple à l'utilisation d'un logiciel de stock pour un magasinier, un livreur ou un vendeur. C'est une espèce d'alphabétisation informatique destinée à combler un handicap. Je m'occupe également des relations avec les entreprises. Certaines formations comportent des stages « découverte » obligatoires qui permettent à un jeune de comprendre la culture d'entreprise. Nous avons besoin d'entreprises qui acceptent ces jeunes, même peu de temps, pour leur permettre de s'initier au monde du travail. Ces jeunes - le plus souvent de couleur - souffrent qu'on les rejette du monde du travail ou qu'on leur manifeste que l'on n'a pas besoin d'eux. Or, les travaux d'exécution sont faits et seront faits par ceux qui viennent du monde de l'insertion ou de l'intérim. Depuis que je fréquente le monde de l'économie sociale, je constate que les entreprises publiques ou les collectivités territoriales font leur devoir d'insertion en offrant des stages, mais hélas, les entreprises privées le font beaucoup moins.
Notre communauté existe sur Cergy depuis quatorze ans huit d'entre nous vivent en appartements et deux sont rattachés à notre communauté, dont l'un qui vit en foyer résidence de personnes âgées. Certains d'entre nous ont des activités dans des institutions telles que le CERAS (3) , la revue Projet d'autres sont enseignants ; d'autres enfin sont étudiants. Nous avons choisi l'aventure de la ville nouvelle et un habitat H.LM. dans un lieu multiculturel avec beaucoup d'immigrés primo-arrivants. Notre mission est de vivre ensemble en harmonie avec des personnes de cultures différentes et présentant souvent des handicaps (sans papiers, chômage, démêlés avec la justice). Si on ne vit pas la mixité sociale, on crée des ghettos. Cette ville nouvelle, avec nombre d'espaces verts, et une population jeune présente des conditions très favorables pour un apprivoisement réciproque.
Notre communauté chrétienne de Cergy-SaintChristophe ne compte que 20 % de personnes d'origine «gauloise ».Vivre la foi dans ce contexte nous a attirés. Dans la communauté chrétienne aussi, si l'on ne fait pas communion, il peut y avoir un phénomène sectaire qui fait que certains, d'origine antillaise ou africaine, iront plus facilement vers les sectes ou s'éloigneront de l'Église. L'an passé,cent cinquante religieux et religieuses de spiritualité ignatienne ont réfléchi à ce que voulait dire « vivre dans une cité ». Cette vie en banlieue nous rend heureux. Nous appelons les chrétiens à vivre cette mixité, à venir habiter ces quartiers et à ne pas en partir Bien que les jésuites soient des hyper actifs, nous ne sommes pas seulement dans l'action. C'est important pour les jeunes en recherche d'identité de voir autour d'eux des adultes souriants et heureux dans leur état de vie. Propos recueillis par François Hebert.
|
Pour en savoir plus : > La revue Responsables du MCC > Une action humanitaire : Projet d'informatique au Sénégal > le MCC Mouvement Chrétien des Cadres et Dirigeants > La communauté jésuite de Cergy > Jésuites en monde populaire > Les articles de la revue Projet > Les cent ans du CERAS en 2003 > L'université d'été : la politique une bonne nouvelle
|
Jésuites : serviteurs
de la mission du Christ - © Compagnie de Jésus |