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Inde-espoir chantier
de construction d'une école
au Karnataka
 

Ai-je vraiment été exposé à la pauvreté pendant mes deux mois de séjour en Inde ? Certes, en arrivant à Bombay on est d'abord pris par cette vision de la multitude d'hommes et de femmes grouillant sur des kilomètres, dans les détritus, la puanteur et la promiscuité.

 

 

Mais une fois dissipée la force des premières impressions, mon étonnement durable fut de m'y habituer très vite : la misère apparente semble tellement constitutive de la réalité indienne que son aspect dramatique s'estompe et s'insère comme un élément du tableau parmi d'autres. Finalement, les médias occidentaux nous façonnent tellement dans notre manière d'appréhender la misère, amplifient tellement le drame du malheur qui apparait (les mouroirs de Calcutta, bien sûr !) que nous sommes choqués de ne pas en être plus choqués que cela. C'est donc par l'inattendu, surgissant dans le cadre du séjour, qu'on a une chance d'être touché.

 
 

Ce cadre, c'était un chantier de l'Association Inde-Espoir : avec 17 étudiants dont j'étais l'accompagnateur jésuite, participer pendant un mois à la construction d'une école dans un village du Karnataka. Nous nous sommes donc exposés aux rigueur de la vie de chantier : travail de transport de briques et de terre, averses de la mousson, vie de groupe permanente. Exposés aux sollicitations diverses : celles des sœurs ursulines, maîtres d'ouvrage de l'école, qui nous hébergeaient dans leur couvent ; celles des habitants du village, impressionnés, étonnés ou amusés, fiers, méfiants ou intéressés de nous voir participer à la vie de leur village : comment ne pas être sensible à la richesse de ces rencontres ?

 

 

 

Pour ma part, j'aimerais relater deux évènements qui m'ont touché parce qu'ils m'ont pris au dépourvu. D'abord la rencontre avec ce jeune homme de 18 ans, vivant chez une famille musulmane : il se tenait toujours à l'écart du cercle de nos rencontres quand j'allais rendre visite à cette famille dont le père est devenu un ami. A ma question pourquoi il se comportait ainsi, le jeune fils de 13 ans me répondit que c'était normal, puisqu'il était un dalit recueilli par eux. Celui-ci ne savait ni lire, ni écrire, et son visage s'illuminait quand je l'appelais par son nom (que j'apprenais et oubliais sans cesse) : bref, j'ai soudain pris conscience de la réalité de personnes qui n'en étaient pas pour les autres et certainement pas pour elles-mêmes.

 

 

L'autre événement eut lieu le dernier soir avant notre départ à l'issue de notre séjour : un Indien, que je n'avais pas particulièrement fréquenté, est venu m'offrir un cadeau, une sculpture d'éléphant en bois. Cela est bouleversant dans un contexte où, identifiés comme des riches, nous sommes habitués à être sollicités quotidiennement par les habitants, enfants et commerçants. Pour la première fois, je n'étais plus du tout celui qui apportais quelque chose, mais recevais sans donner en retour...

Christophe ENGEL
Province de France

 

 

 

Voir aussi :

> Les communautés jésuites

> Constitutions et Normes complémentaires de la Compagnie de Jésus

> Livres écrits par les Jésuites de la Province de France

> Portraits des Jésuites dans le monde